Une voix sous la cendre de Zalmen Gradowski

Témoignage

 Une voix sous la cendre de Zalmen Gradowski

François Clavier est un artiste de l’extrême comme on dit de certains sportifs qui vit son art comme un engagement total. Il est en perpétuelle recherche, porté vers les expériences artistiques les plus exigeantes. On l’a vu dans des aventures inédites comme Espèces d’espace de Georges Perec, ou plus récemment comme Le Projet Théramène de Jean Boillot, une incroyable expérience acoustique et théâtrale. On se souvient de l’intensité avec laquelle il a porté à la scène le roman de Robert Bober Quoi de neuf sur la guerre ? Avec Une voix sous la cendre, il se fait à nouveau passeur de mémoire, à la demande de Micheline Servin qui lui a fait lire ce récit terrible. En 1945, lors des fouilles effectuées près d’un crématoire de Birkenau, on a trouvé à l’intérieur d’une gourde allemande un carnet qui portait la signature de Zalmen Gradowski, affecté en 1942 au sonderkomando. Le sonderkommando était chargé d’aider les SS à faire entrer les gens dans les locaux de déshabillage et de gazage. Il fallait emporter les affaires des victimes, retirer les cadavres, les brûler, transporter les cendres pour les enfouir et les disperser. François Clavier a choisi de ne pas dire cette violence insoutenable. Il nous rapporte le témoignage de Gradowski sur la fin du ghetto de Luna, la déportations de ses habitants et la vie au camp : « viens vers moi,toi, heureux citoyen du monde, qui habite le pays où existent encore bonheur,joie et plaisir, je te raconterai comment les ignobles criminels modernes ont transformé le bonheur d’un peuple en malheur, changé sa joie en tristesse éternelle, détruit à jamais son plaisir de vivre […] je te raconterai comment les modernes criminels et ignobles bandits ont piétiné la morale de la vie et anéanti les lois de l’existence ». François Clavier c’est d’abord une présence, immense, dense ; sa haute stature a quelque chose de rassurant et de fragile à la fois ; François Clavier c’est aussi une voix, grave, modulée où perce une véritable « tendresse d’humanité », selon la formule d’Albert Cohen. Gradowski avait lancé cette bouteille à la mer dans un geste désespéré avant d’être tué, probablement durant la révolte du sonderkommando en octobre 1944 ; grâce à Micheline Servin, Alain Timar et François Clavier, son témoignage inouï est arrivé jusqu’à nous.

Une voix sous la cendre
de Zalmen Gradowski, mise en scène et scénographie Alain Timar, avec François Clavier. Théâtre des halles, à 17h. Tel : 04 32 76 24 51.
www.theatredeshalles.com

Des voix sous la cendre Zalmen Gradowski. Coédition Mémorial de la Shoah et Calman-Lévy.

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; travaille depuis dix ans dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du...

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