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Critiques / Théâtre

Ubu d’après Ubu Roi et Ubu sur la butte d’Alfred Jarry

par Dominique Darzacq

Ubu fait de l’aérobic

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Conçu dans un lycée de Rennes par une bande de potaches qui se moquaient de leur professeur de physique, Ubu est né de la plume d’Alfred Jarry et dans le tumulte des sifflets, « Merdre alors ! », au Théâtre de L’Œuvre en 1896. Ce qui ne l’empêcha pas de séduire les surréaliste ni de devenir l’archétype de la bêtise alliée à la boursouflure, de l’avidité alliée à la lâcheté, ce qui lui assura un bel avenir théâtral. D’autant que son facétieux papa qui en connaissait un rayon sur la nature humaine lui inventa d’autres destinées. Après avoir été roi, il fut enchaîné (1899), puis cocu (1899) avant de s’installer sur la butte (1901). « Ubu sur la butte » est une version réduite d’Ubu Roi conçue pour marionnettes. C’est cette version plus resserrée « ce qui en accentue la cruauté et laisse de l’espace au jeu » dont s’est emparé Olivier Martin-Salvan. Créé lors du Festival d’Avignon 2015 pour aller dans les villages environnants, le spectacle actuellement en tournée fait une assez longue escale aux Bouffes du Nord et dans le même espace quadri-frontal conçu par les plasticiens Yvan Clédat (scénographie) et Coco Petitpierre (costumes).
Avec eux, le « nulle part » de Jarry n’est plus la Pologne mais l’univers du sport. Plus précisément celui de la gymnastique rythmique sportive et l’aérobic figuré par un vaste tapis de sol bleu et blanc en mousse et quelques éléments de même nature de formes diverses et dont le statut évolue, se faisant épée, cheval ou remparts au gré de l’histoire. On comprend bien que derrière le grotesque Ubu, son appétit de pouvoir et sa violente cupidité, il aussi question de la « pompe à phynance » sportive comme outil de décervelage.
Moulés dans leurs maillots de lutteurs marqués de leur couleur patriotique, les athlètes, Ubu en tête, corps massif (Olivier Martin-Salavan), font une entrée aussi remarquée que comique. Le suivent pour la séance d’échauffement Vanceslas, Bougrelas, Bordure et bien évidemment la Mère Ubu. Une mise en jambes qui ouvre l’appétit effréné d’Ubu qui illico trucide à grands coups de polochon le Roi Vanceslas et prend sa place à la tête du Royaume. Olivier Martin Salvan, pour qui entre une part d’enfance dans l’avidité et les cruautés d’Ubu, tisonne tout à la fois un théâtre de cour d’école et de bateleurs. Mais en forçant sur la caricature et la farcesque pantomime, il affadit son propos et peine à opérer « la fusion de l’éclat de rire et de l’effroi » qu’il espère.

Ubu d’après Ubu sur la butte et Ubu Roi d’Alfred Jarry. Conception Olivier Martin-Salvan, avec Thomas Blanchard, Robin Causse, Mathilde Hennegrave, Olivier Martin-Salvan, Gilles Ostrowsky (durée 1h)

Théâtre des Bouffes du Nord jusqu’au 23 avril 01 46 07 34 50

Puis du 25 au 29 avril et du 3 au 6 mai MAC des Arts de Créteil, 13 au 20 mai Théâtre de Villefranche, 23 et 24 mai Saint –Denis de la Réunion (Théâtre du Grand Marché), 6 au 9 juin Blois (Halle aux grains)

photo© Sébastien Normand

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