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Critiques / Théâtre

Trois sœurs d’après Anton Tchékhov

par Jean Chollet

Fine fusion théâtre et cinéma

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Révélée en 1996 avec une version remarquable de Etre sans Père (Platonov) , Claire Lasne – Darcueil, poursuit son compagnonnage avec son auteur de prédilection, en suivant l’ordre chronologique des ses œuvres Après Ivanov (2000) La Demande en mariage (2001) L’Homme des bois et La Mouette (2005). Elle marque aujourd’hui une nouvelle étape de son ambition de monter toutes les œuvres dramatiques de Tchekhov, en revisitant Les Trois Sœurs. Sous une forme inhabituelle à partir d’une adaptation, élaguant certes le texte tchekhovien, sans toutefois en altérer la portée. Sur la scène, seules les trois filles du général Prosorov, Macha (Julie Denisse), Olga (Anne Sée) et Irina (Emmanuelle Vion) sont présentes. Un an que leur père est mort, les laissant isolées dans la ville de province où il commandait une brigade. Elles n’aspirent qu’à une chose, revenir à Moscou pour commencer une autre vie

Pour exprimer leurs sentiments dans les rencontres avec leur entourage, l’actuelle directrice du Conservatoire national d’art dramatique a choisi le langage de l’image, devenu monnaie courante pour les jeunes générations. Pas d’une manière trop souvent artificielle ou décorative, pratiquée ça et là au théâtre, mais en réalisant avec le cinéaste Martin Verdet un film très travaillé en noir et blanc. Sur un grand écran, qui occupe entièrement la partie arrière du plateau, les séquences projetées laissent apparaître les différents personnages qui constituent l’univers des trois femmes. Leur frère choyé devenu joueur Andreï, dont elles se sont éloignées, Tcheboutykine, ancien médecin militaire ami de leur père, Verchinine, lieutenant – colonel rêvant d’un foyer harmonieux, ou encore Fiodor Koulygine époux de Macha. Tous sont interprétés par six très bons comédiens, qui croisent Macha et Irina dans cette évocation filmique.

Elle prend toute sa dimension dans l’alternance de ses scènes réalistes ou poétiques, et de ses variations de plans autorisant des dialogues avec les comédiennes sur le plateau, ou intégrant leur présence ponctuelle avec fluidité. Des interactions, parfaitement maîtrisées, au cœur de paysages bien choisis reflétant l’amour de Tchekhov pour la nature en traversant les saisons, comme autant de témoignages du temps qui passe. Dans ce rapport, les trois sœurs donnent la sensation de projeter leurs pensées, rêves et obsessions, en ayant le sentiment d’appartenir à un autre monde. Ainsi, plus de cent ans après sa première création, le 11 janvier 1901 au Théâtre d’Art de Moscou, la pièce de Tchekhov conserve son impact universel et sa sensibilité touchante.

Trois sœurs, d’après Anton Tchekhov, traduction André Markowicz et Françoise Morvan, adaptation et mise en scène Claire Lasne Darcueil, avec Julie Denisse, Anne Sée, Emmanuelle Wion, interprétation filmique, Julie Denisse, Claude Guyonnet, Gérard Hardy, François Mathouret, Nicolas Martel, Patrick Pineau Emmanuelle Wion, Laurent Ziserman. Réalisation du film, Martin Verdet, Claire Lasne Darcueil, son du film Pierre Vincent Cresceri, collaboration artistique Gérard Hardy, sons sur scène William Lambert, costumes Frédérique Mougin, espace scénique Claire Lasne Darcueil, Martin Verdet. Durée : 1 heure 35.

Théâtre de la Tempête jusqu’au 14 décembre 2014. Tel : 01 43 28 36 36

Photos ©Antonia Bozzi

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