Au Théâtre du Petit Saint-Martin jusqu’au 5 juillet

Séisme de Duncan Macmillan, mise en scène de Robin Ormond

Deux acteurs de la Comédie française s’interrogent avec beaucoup d’intensité et de finesse sur le besoin d’enfant.

Séisme de Duncan Macmillan, mise en scène de Robin Ormond

Avoir un enfant ou pas ? C’est la question que se pose de façon récurrente, lancinante même, le couple, d’abord jeune puis de moins en moins, qui est le sujet de Séisme de l’auteur anglais Duncan Macmillan, peu joué en France. Montée par la Comédie française hors les murs au Théâtre du Petit Saint-Martin, la pièce écrite en 2011 n’a rien perdu de son acuité, au contraire ses enjeux se sont aiguisés. Mais cette problématique de la procréation et de la transmission n’est pas la seule, même si elle concentre toutes les autres : la crise écologique et géopolitique qui compromet la survie de l’espèce humaine au présent et au futur, la capacité d’un couple à traverser les épreuves du face-à-face quotidien au fil du temps, la résilience de l’amour au-delà des humeurs, des angoisses, des névroses, des susceptibilités, des problèmes professionnels de l’un ou de l’autre...

Avec en tout et pour tout deux acteurs, une femme et un hommes suffisamment emblématiques pour qu’il ne soit pas nécessaire de leur attribuer un prénom, la pièce est une sorte de vaudeville aux accents tragicomiques qui reproduit avec un naturel remarquable le langage de tous les jours. La paire d’individus qui s’affronte, s’agresse, se cajole, se console ou s’insulte sur scène n’arrête pas de se couper la parole, de bifurquer au beau milieu d’une phrase, de parler par-dessus la voix de l’autre, de poursuivre le fil de son raisonnement (de son entêtement) sans écouter l’autre, de se rejoindre dans des courts moments de pause et de tendresse. Tout cela avec un grand naturel, sans donner l’impression qu’on a affaire à une construction.

De même, la mise en scène de Robin Ormond réussit à être très précise sans paraître artificielle, chacun avec ses mots et ses attitudes de tous les jours. Dans la petite salle du théâtre, les deux protagonistes sont comme deux fauves dans une cage de verre, ou plutôt une sorte d’aquarium éclairé de néons aux variations subtiles adaptées aux circonstances. Le public qui leur fait face est amené à suivre leurs évolutions physiques et mentales dans cet espace qui va en se rétrécissant sans lui laisser de répit ni la possibilité d’une respiration. On glisse sans en avoir l’air de la plus stricte intimité de l’appartement à une conversation impromptue dans un magasin Ikea, un parking ou une boîte de nuit où l’on pense oublier ses soucis et s’éclater.

Mais lors de brefs moments d’interruption ou plutôt de suspension dans le dialogue, on s’aperçoit que le temps s’est écoulé. Si bien qu’en une heure trente de spectacle, c’est toute une vie qui a passé, les deux jeunes gens du début ont mûri sans pour autant avoir résolu leurs dilemmes. Et le tempo va en s’accélérant à mesure que la pièce avance et que les étapes, les vicissitudes se franchissent à grandes enjambées. Le spectateur perd pied parfois dans ces ellipses, ne sait plus où il en est. Mais il retrouve toujours ces deux-là enchaînés l’un à l’autre, pour le meilleur et pour le pire, comme le veut la tradition.

Les deux acteurs très symptomatiques de leur génération et assez proches finalement des stéréotypes de genre s’adaptent avec labilité à ces évolutions spatio-temporelles. Elle, Claire de La Rüe du Can, toujours à fleur de peau, sans concession, avec un débit de paroles très accéléré, pas toujours facile à suivre. Lui, plus débonnaire et charnel, moins assuré dans ses désirs, moins fiable aussi dans sa constance. Mais, en fin de compte, au-delà des disparités et des aspérités, les deux font bel et bien la paire.

Séisme de Duncan Macmillan, Théâtre du Petit Saint-Martin, à19h du mercredi au samedi, à 17h30 le dimanche, https://www.comedie-francaise.fr
Avec Claire de La Rüe du Can et Jean Chevalier
Mise en scène : Robin Ormond. Traduction : Séverine Magois. Scénographie : Balthazar Lesage. Costumes : Clément Desoutter. Lumières : Manon Vergotte. Son : Arthur Frick. Collaboration artistique : Laurent Mulheisen

Photo : Vincent Pontet, coll. Comédie-Française

A propos de l'auteur
Noël Tinazzi
Noël Tinazzi

Après des études classiques de lettres (hypokhâgne et khâgne, licence) en ma bonne ville natale de Nancy, j’ai bifurqué vers le journalisme. Non sans avoir pris goût au spectacle vivant au Festival du théâtre universitaire, aux grandes heures de...

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