Tous les marins sont des chanteurs de François Morel, Gérard Mordillat et Antoine Sahler

Cette histoire est vraie puisque je l’ai inventée

Tous les marins sont des chanteurs de François Morel, Gérard Mordillat et Antoine Sahler

François Morel a le chic pour nous mijoter de délicieux spectacles à sa façon, toujours réjouissants, généreux et tendres. Le meilleur cru est peut-être, J’ai des doutes, un hommage à Raymond Devos pour lequel il a reçu le Molière du meilleur comédien en 2019. On sait que Morel a la musique au cœur. Il a quelques récitals à son actif composés avec le musicien Antoine Salher, son inséparable acolyte. Le comédien est aussi un gentil farceur qui aurait fait bon ménage avec Francis Blanche et Pierre Dac.
Il fallait bien s’y mettre à trois pour imaginer le dernier spectacle Tous les marins sont des chanteurs (« mais tous les chanteurs ne sont pas forcément des marins »). François Morel, Gérard Mordillat et Antoine Sahler (ré-)inventent l’histoire d’un marin poète mort en mer à 30 ans en 1900. Réhabilitation plus vraie que nature en dépit de quelques anachronismes. Ils ont brodé à partir d’un recueil de chansons soi-disant découvert par hasard, explique François Morel. Yves-Marie Le Guilvinec (pseudonyme emprunté à la commune éponyme), de son vrai nom Yves-Marie Le Corre, était un marin et poète, mort en mer, probablement plus âgé qu’il n’est indiqué ici, mais 1900 devait sonner mieux et mourir à 30 ans c’est plus tragique qu’à 50 ans. Il est l’auteur de quelques chansonnettes et d’une Cancalaise contemporaine et rivale de la célèbre Paimpolaise de Théodore Botrel.

Les auteurs troussent un spectacle facétieux sous la conduite du très sérieux conférencier, coincé dans son austère costume trois pièces, interprété par Romain Lemire (en alternance avec Gérard Mordillat), épatant dans le rôle de cet historien passionné par l’existence minuscule d’un poète totalement inconnu. Des digressions absurdes, des blagues potaches ("avec le thon tout s’en va...), des vidéos improbables perturbent régulièrement cet exposé scrupuleusement pseudo-érudit et barbant. Morel jubile en grosse Bretonne ou en mère éplorée qui supplie son moussaillon de fils, Antoine Sahler, de ne pas prendre la mer. Sahler, aussi bon musicien que spécialiste de gymnastique suédoise. Grâce à l’entrain joyeux des comédiens et musiciens talentueux, le spectacle divertit et peu importe que l’histoire soit authentique ou arrangée et qu’on nous mène en bateau. Comme le dit François Morel, citant Boris Vian : « Cette histoire est vraie puisque je l’ai inventée ».

Tous les marins sont chanteurs de François Morel, Antoine Sahler et Gérard Mordillat. Avec François Morel, Gérard Mordillat, en alternance avec Romain Lemire, Antoine Sahler, Amos Mah, Muriel Gastebois.
Chansons, Yves-Marie Le Guilvinec adaptées et ré-arrangées par François Morel, Gérard Mordillat et Antoine Sahler. Musique, Antoine Sahler. Décor, Edouard Laug. Lumières, Alain Paradis. Son, Yannick Cayuela.Vidéo, Camille Urvoy. Avec la participation de la chorale éphémère Les fouphonix. A Paris, au théâtre du Rond-point jusqu’au 3 juillet 2022. Résa : 01 44 95 98 21.
www.theatredurondpoint.fr
© S.Toussaint

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; travaille depuis dix ans dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du...

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