Du 12 au 21 février 2026, dans le cadre du Festival Les Singulier*es au CENTQUATRE-PARIS.
Suzanne : une histoire du cirque, Anna Tauber, Fragan Gehlker.
Un ciné-spectacle documentaire qui ravive le passé et revivifie le présent.

Entre la conférence et le film documentaire, un ciné-spectacle documentaire, Suzanne : une histoire du cirque d’ Anna Tauber, suscite d’emblée l’intérêt, invitant le public à se pencher sur l’esthétique circassienne des années 1950.
L’incarnation de cette réalité confidentielle - un rien désuète aujourd’hui si ce n’est méprisée, car appartenant à un passé oublié ou dénigré, dit « ringard », un art à part entière si singulier, trouve son point d’appui, reprise significative d’un geste d’acrobate, à travers l’aventure de Suzanne, toulousaine née en 1933, qui présente avec son mari un duo prestigieux à travers le monde, un numéro de voltige de cadre aérien qu’ils ont eux-mêmes fabriqué et conçu.
A dix mètres de hauteur, sans filet, pour le fun et l’émotion du public, la représentation exige le geste juste, sûr, exact, pour conjurer le risque. Quitte ou double, à chaque fois, quand on s’engage tout entier pour un acte éphémère qui s’accomplit dans la lumière d’un instant, et qui s’oublie aussi vite, si ce n’est dans la mémoire de quelques-uns, comme celle de ce Toulousain, de la même génération que Suzanne, jeune spectateur qui se souvient de la performance, rallié à la recherche de témoins d’Anna Tauber.
La conceptrice des années 2020, versée dans la production et la diffusion de spectacles de cirque, toulousaine d’origine, d’enfance et de coeur, fait retour en 2017 dans la Ville Rose, non loin de l’appartement où vit sa propre mère ; le père d’Anna, à ses dix ans, s’est éteint d’une longue maladie, disparition douloureuse pour la fillette meurtrie que la mort et la trace interrogent encore.
Or, la chercheuse rencontre Suzanne, nonagénaire, chez elle, l’interrogeant sur le cirque de la « grande époque », ses certitudes et sa liberté. Soit l’occasion de voir des images d’archives sublimes, les origines des bâtiments du Cirque, les Médrano ou les Bouglione, les images kitch de ces couples radieux volant dans les airs et sans filet, celles plus hétéroclites du clown Achille Zavatta, d’Edith Piaf et de Dalida, du même âge que Suzanne, sans oublier Roger Lanzac, le « Monsieur Loyal » de « la Piste aux étoiles », l’émission de cirque de Gilles Margaritis de 1962 à 1976. D’ailleurs, c’est la télévision qui a finalement tué le cirque, disent les acrobates voltigeurs.
Belle transmission de l’histoire d’une artiste et d’une histoire du cirque - documents vidéo ou cinéma d’aujourd’hui - sons et images capturés. Et même le présent est illuminé par la reconstitution de ce fameux numéro fétiche de voltige par les amis circassiens du binôme Anna Tauber, « circassienne hors-piste » et Fragan Gehlker, acrobate à la corde lisse.
A travers leurs amis engagés dans le numéro de cadre retrouvé, le public découvre de prestigieux et humbles artistes de cirque d’aujourd’hui, Simon Bruyninckx, Marine Fourteau et Luke Horley : une belle et audacieuse tentative réussie et le bonheur retrouvé de reconstitution soignée d’un numéro ancien sans filet et sans longe, après mûre et patiente réflexion…
De quelle matière est faite une vie d’acrobate ? Que reste-t-il du passage des années ? L’image est touchante de voir de dos Anna Tauber, poussant, dans les rues toulousaines, sur un diable de fortune, la malle ancienne et plus jamais ouverte des secrets et du matériel de voltige de Suzanne : un trésor qui permet à la metteuse en scène d’accomplir son projet dans la précaution.
Suzanne : une histoire du cirque, Anna Tauber, Fragan Gehlker, du 12 au 21 février 2026, dans le cadre du Festival Les Singulier*es. interprète Anna Tauber, réalisation et mise en scène Anna Tauber et Fragan Gehlker, montage Ariane Prunet, numéro de cadre retrouvé Simon Bruyninckx, Marine Fourteau et Luke Horley, longe personne, caméra Zoé Lamazou, Lucie Chaumeil et Raoul Bender, documentation Suzanne Marcaillou, François Rozès, costumes et accessoires Marie-Benoîte Fertin, Héloïse Calmet, Lise Crétiaux, composition musicale finale Tsirihaka Harrivel, lumière Clément Bonnin, mixage son Alexis Auffray, étalonnage Axelle Gonay. Au CENTQUATRE - PARIS 5, rue Curial 75019. billetterie@104.fr
Du 13 au 19 mars, Théâtre Garonne-Toulouse. Les 25 et 26 mars, Le Théâtre, Scène nationale de Mâcon. Les 5 et 6 mai, La Passerelle, Saint-Brieuc.
Crédit photo : © collage Axelle Gonay / Fonds des Antinoüs – Pierre Dannès – AlainJulien



