A l’Espace Chapiteaux de la Villette jusqu’au 31 décembre
Slam ! de Robert Lepage
Entre catch, cirque, danse, cartoon… tous les coups sont permis dans le spectacle hyperviolent, drôle et surréaliste de Robert Lepage
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- 18 décembre 2025
- Critiques
- Rue & Cirque
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Un avertissement tout d’abord avant de s’embarquer pour ce spectacle ouvert aux enfants à partir de sept ans : âmes sensibles et féministes s’abstenir ! Car ça cogne dur, ça voltige dans tous les sens, ça vocifère et rugit sur le ring dressé sous le chapiteau de La Villette par la compagnie de Robert Lepage, Ex Machina. Associé à la troupe de cirque de Québec Flip Fabrique, le metteur en scène québécois a calé son dernier spectacle sur le mode du catch dont on raffole de l’autre côté de l’Atlantique.
Touche-à-tout de génie, Robert Lepage a exploré à peu près tous les arts de la scène : théâtre, danse, marionnette, cirque, opéra (dont un sublime Ring de Wagner au Metropolitan Opera de New York). Ne manquait a son CV que le catch (« la lutte » en français du Québec). Voilà chose faite avec ce spectacle survolté dont le titre Slam !, ne renvoie pas à la poésie urbaine dansée des banlieues mais aux onomatopées des cartoons et de l’esthétique pop.
Le show endiablé, cash, trash voire gore n’est surtout pas à prendre au sérieux, encore moins au premier degré. D’ailleurs les clins d’œil y sont nombreux en direction du public supposé blindé et blasé qui peuple les gradins. Il n’empêche on ne peut que constater une complaisance avec la montée de la violence à tous les étages de notre monde contemporain. Bien sûr, les coups sont simulés par les professionnels de haut vol qui se succèdent sur, devant et derrière le ring, mais les bruitages sophistiqués et synchros qui les accompagnent leur donnent un résonance bien réelle.
Entre la dizaine d’artistes qui se partagent la scène sous les costumes les plus kitsch, difficile de distinguer entre les circassiens et les athlètes de lutte tant leurs prouesses fusionnent. Le spectacle déroule pendant une heure trente des saynètes sans aucun fil conducteur si ce n’est une alternance entre des tableaux de violence pure et d’autres plus poétiques où le temps et le boucan semblent suspendus. Sur le ring proprement dit, s’affrontent des lutteurs à deux ou à quatre dont le nom dit tout : Highlander contre Superhéros, Amazonia contre Pretty Cowgirl, et à l’avenant. Toutes et tous montent au moment crucial du combat sur les cordes, bombent le torse et montrent leurs muscles, excitant le public soit à les applaudir soit à huer leur(s) adversaire(s) soit les deux. Lequel public ne se fait pas prier pour entrer dans la cacophonie générale mais il est difficile de distinguer leurs voix de celles enregistrées et diffusées à fond les manette (des bouchons d’oreille sont recommandés pour les enfants).
En contrebas du ring, un couple de commentateurs télé au charabia incompréhensible servent de punchingball aux lutteurs qui les envoient fissa valser hors champ (et pan pour les journalistes, éternelles cibles et boucs émissaires !). Mais ils ne sont pas les seuls, les arbitres des deux sexes en prennent aussi pour leur grade !
Dieu merci, à mesure que le spectacle avance, les circassiens prennent le dessus et les jongleurs, contorsionnistes, funambules et autres voltigeurs offrent des moments de pure virtuosité. Tel ce funambule avançant avec une grâce inouïe sur les cordes molles du ring. Ou cette contorsionniste qui imprime à son corps des formes surréalistes qui font penser aux créatures fantastiques des tableaux de Jérôme Bosch. Las, une lutteuse jalouse de son succès, la jette dans une poubelle haute où elle finit par disparaître complètement avec force bruitages d’os qui craquent !
En prime un appareillage dernier cri permet de projeter des vidéos au dessus du ring où les gestes des artistes sont décomposés, démultipliés et recomposés donnant lieu à des images d’une très grande poésie. Mais l’acmé du spectacle survient dans la séquence finale jubilatoire où le sol du ring est devenu trampoline. Les bonds sont prodigieux et, si l’on croit la gestuelle et les cris frénétiques des chères têtes blondes (et autres) qui nous entourent, la catharsis a fonctionné à plein !
Slam ! aux Chapiteaux de La Villette jusqu’au 31 décembre, https://www.lavillette.com/
Concept original : Ex Machina, Flip Fabrique. Mise en scène Robert Lepage. Direction de création : Steve Blanchet. Direction artistique-cirque : Bruno Gagnon. Assistance à la mise en scène : Félix Dagenais. Musique originale et co-conception sonore Bob et Bill
Avec Jérémie Arsenault, Caroline Bertorello, Pauline Bonanni, Todd Degnan, Maeva Desplat, Naomi Eddy, Mathieu Levasseur, Stéphane Pansa, Cédrik Pinault



