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Critiques / Théâtre

SULKI ET SULKU ont des conversations intelligentes de Jean-Michel Ribes

par Dominique Darzacq

Promenade en Absurdie

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Sulki et Sulku ne sont pas tout à fait des inconnus. Sortis par les coulisses de la pièce Musée Haut, Musée bas (2005) où ils se proclamaient « œuvres d’art vivantes », ils ont retrouvé le chemin du Théâtre du Rond-Point pour, nous dit l’auteur, « continuer leur conversation ». Entre temps ils ont pris la peine de changer d’allure et de costumes (Juliette Chanaud). Hier artistes un peu débraillés dans des tenues sombres qui tenaient autant de l’abstraction géométrique que du camouflage, les voici dandys hauts en couleur dans leur costume trois pièces et nœud pap’ taillé dans une étoffe qui emprunte aux arabesques de Miro et déambulant dans un musée où les statues ont déserté leur socle. Chemin faisant, ils les remplacent, prennent la pause du Penseur de Rodin , du Discobole et autres légendaires chefs-d’œuvre ; mais surtout, lointains cousins de Bouvard et Pécuchet égarés en pays d’Absurdie, ils discutent et disputent des choses du monde telles qu’ils les voient. Chaque pièce visitée est l’occasion d’une « conversation intelligente » aux conclusions pour le moins burlesques. Rien n’échappe à leur réflexion. Ni l’art qui doit signifier quelque chose, ni les activités du Pape qui hante les supermarchés et bénit les caddies des ménagères, et au passage revisitent et supputent autour du martyr de Sainte Blandine. Tandis que Sulki estime que le foot serait plus cool sans le ballon, Sulku s’interroge avec angoisse sur les raisons et l’idiotie possible qui l’empêchent de méditer comme tout le monde. Mais Sulki le rassure, « avoir soudain l’impression qu’on est un imbécile, ce n’est pas rien ». De conversations en conversations, on apprend que le cousin Georges pisse du sans-plomb, comment ont été inventées les espadrilles, qu’avoir une opinion ne signifie pas forcément avoir des idées…et de bien d’autres choses dans l’air du temps.
Romain Cottard et Damien Zanoly font merveille en bavards aussi candides qu’extravagants, en penseurs un rien imbus d’eux-mêmes et dont l’implacable logique file sur les sentiers du surréalisme. La subtilité de leur jeu donne tout son jus de cocasserie à un texte que Jean-Michel Ribes a écrit à la manière de Marcel Duchamps mettant des moustaches à la Joconde.
Avec Sulki et Sulku, arlequins d’aujourd’hui, qui nous parlant de la dette, des attentats, des dictats écologiques... mettent à mal nos certitudes imbéciles et le prêt à penser mis à toutes les sauces, Jean-Michel Ribes nous propose une impertinente fantaisie qui invite au sourire plus qu’à l’éclat de rire. Comme quoi il n’y a pas que le rire qui soit de résistance !

La pièce est publiée chez Actes Sud-Papier

Sulki et Sulku ont des conversations intelligentes. Texte et mise en scène Jean-Michel Ribes avec Romain Cottard et Damien Zanoly. Durée 1h20

Théâtre du Rond-Point jusqu’au 10 décembre. Tel 01 44 95 98 21
www .theatredurondpoint.fr

Photo ©Giovanni Cittadini Cesi

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