Radio lapin un spectacle de la compagnie Courir à la catastrophe

Un théâtre millitant

Radio lapin un spectacle de la compagnie Courir à la catastrophe

Alice Vannier opère dans les marges militantes de la société et ses propositions théâtrales sont une invitation à l’action, à la lutte. Avec La Brande (arrière-pays des insensé.es), elle mettait en scène le quotidien d’un univers psychiatrique, dans le cadre de la psychothérapie institutionnelle, dont les prémices datent des années 1936-1940, où l’individu était considéré comme une personne et non comme un malade. C’était remarquable (voir webtheatre 2.2.2024).
La création collective qui réunit Alice Vannier, Sasha Ribeiro (fondateurs de la compagnie Courir à la catastrophe) et le journaliste Antoine Chao, est le creuset au fond duquel grondent les voix de ceux qui refusent de se soumettre à l’ordre établi, à l’arrogance d’un pouvoir politique qui s’assoit sur notre humanité. Le spectacle entend secouer les consciences. « Tant que la lutte existe, le peuple n’est pas vaincu . Le grand historien engagé Howard Zinn (auteur de l’immense Histoire populaire des États-Unis, 2002) avait prévenu : « Tant que les lapins n’auront pas d’historien, l’histoire sera racontée par les chasseurs ». Façon de dire que l’Histoire est toujours racontée par les vainqueurs. Mais un jour les lapins troqueront leurs carottes pour des fusils.
Le spectacle est en même temps le récit de sa préparation et sa réalisation, avec pour fil rouge les emblématiques radios pirates, puis dites "libres", vecteurs médiatiques d’abord clandestins de transmission et de militantisme.

Nous sommes simultanément dans l’appartement d’Alice où les comédiens travaillent au projet, et dans le studio d’enregistrement de Radio lapin qui diffuse des bouts d’archives sonores d’un panel de radios pirates, le plus souvent actives dans le domaine de la défense de l’environnement. « Je ne défends pas la nature, c’est la nature qui me défend ». Mais l’avalanche des extraits sonores qui racontent à peu près tous la même chose finit par être contre-productive.
Tout cela est bien louable, mais le spectacle est aussi foutraque que l’espace du plateau, il n’aboutit pas et s’apparente à un tract distribué par les gilets jaunes. Pourtant cela fourmille de bonnes idées, comme l’invitation sur scène d’une militante des Soulèvements de la terre » (mouvement de protestation écologique très actif), l’invitation fictive d’Antonio Gramsci, grand penseur marxiste de la première moitié du XXe siècle, emprisonné par Mussolini.
Le spectacle n’en est pas vraiment un, comme si le trio avait voulu s’emparer de la scène comme d’une tribune. Pourquoi pas, à condition que la forme soit maîtrisée. L’intervention après les saluts pour revendiquer la solidarité avec la misère du monde colore la soirée d’une bien-pensance et d’une naïveté inappropriées qui n’auraient sûrement pas plu à Gramsci. Il n’en reste pas moins que la compagnie Courir à la catastrophe enchaîne des propositions ancrées dans le réel, un théâtre politique revigorant et rare.

Radio lapin un spectacle d’Alice Vannier et de Sacha Ribeiro. Avec Alice Vannier, Sacha Ribeiro et Antoine Chao. Scénographie, Benjamin Hautin. Régie générale et son : Marine Iger. Régie lumière : Clément Soumy. Au théâtre de la cité internationale jusqu’au 14 novembre. Durée : 1h30. A partir de 14 ans.
www.theatredelacite.com

© Bertrand Gaudilère

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; a travaille dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du théâtre,...

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