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Critiques / Théâtre

Proust-dire Combray par Michel Voïta

par Corinne Denailles

Comme si on y était

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Michel Voïta a choisi trois extraits célèbres de La Recherche du temps perdu de Marcel Proust, plus précisément du premier volet, Du côté de chez Swann : le premier chapitre, la scène du « baiser de maman » et celle de la fameuse expérience de la madeleine trempée dans du thé. Dans les premières pages de la Recherche (« Longtemps je me suis couché de bonne heure… »). En 2004 Charles Tordjman avait mis en scène La Recherche dans Je poussais donc le temps avec l’épaule (2004), interprété magistralement sur un mode plus abstrait par Serge Maggiani dans un décor immaculé comme la page blanche de l’écrivain. Sur un mode très différent et incomparable, Michel Voïta fait le choix de la simplicité et de la familiarité tout en mettant en valeur la virtuosité du style et la profondeur du propos.

Sur la petite scène du théâtre à peine habillée de pendrillons de velours noir, une table ordinaire et une chaise non moins ordinaire. Le comédien entre le livre de poche à la main et commence par faire croire qu’il va faire une vraie lecture attachée au texte. Mais très vite, il pose le livre et nous embarque, les yeux fermés, dans la rêverie du narrateur. Proust analyse avec une précision sidérante les différentes phases de l‘endormissement au réveil nocturne en passant par les états de rêveries à demi-éveillés. Loin d’ennuyer le lecteur, il le rend complice de cette plongée familière que chacun connaît sans avoir le génie littéraire pour la décrire.
Voïta tient le pari audacieux de l’interprétation sans jamais trop en faire. Et nous voilà dans la chambre du narrateur, à interroger l’obscurité, à identifier l’espace brusquement étranger à l’occasion d’un réveil brutal, ou bien encore à rêver d’autres chambres où le narrateur a séjourné et dont il fait des descriptions pleines d’humour dans lesquelles elles deviennent de véritables personnages, comme cette chambre où « j’avais été intoxiqué moralement par l’odeur inconnue du vétiver, convaincu de l’hostilité des rideaux violets et de l’insolente indifférence de la pendule qui jacassait tout haut comme si je n’eusse pas été là ».
Le deuxième extrait met en scène des personnages auxquels Voïta donne vie d’un simple geste, d’une intonation, prenant soin de faire ressortir l’humour du romancier. La venue de monsieur Swann est toujours un événement source d’angoisses pour le petit Marcel car cela lui fait craindre de ne pas recevoir le baiser rituel de sa maman. Envoyé se coucher plus tôt que d’habitude Marcel se désespère : « Il fallut fermer les volets, creuser mon propre tombeau, en défaisant mes couvertures, revêtir le suaire de ma chemise de nuit ». S’en suit le récit de la « ruse de condamné » et ses conséquences inattendues.
Enfin, vient la scène emblématique de la madeleine qui analyse le principe mystérieux de la réminiscence. Le ton change, l’interprétation est plus intériorisée mais Michel Voïta, tranquillement assis sur sa chaise, les yeux dans les yeux, nous fait vivre cette expérience comme un suspens, comme une épiphanie. Il communique sa passion pour le roman et, qui sait, convaincra les lecteurs rétifs de plonger dans une véritable aventure de lecture.

Proust, dire Combray, avec Michel Voïta, au théâtre de la Huchette les lundis à 20h et les samedis à 21h.Résa : 01 43 26 38 99

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