Du 7 au 22 février 2026, du mardi au samedi 19h30, dimanche 15h, à Odéon - Théâtre de l’Europe, Berthier.

OEdipe-Roi d’après Sophocle, texte et mise en scène Eddy D’aranjo.

La "culture de l’inceste" mise à bas dans la clarté scénique du théâtre.

OEdipe-Roi d'après Sophocle, texte et mise en scène Eddy D'aranjo.

Tragédie des tragédies, l’OEdipe-Roi de Sophocle établit l’une des premières occurrences de l’inceste dans la littérature européenne. Et Dire, écrire et penser l’inceste est un préalable du metteur en scène Eddy D’aranjo, pour lequel, l’inceste, interdit universel, transgression, est, de toutes les violences, celle que le silence organise le plus profondément, le silence étant condition de la transmission, de génération en génération, déni et secret au coeur des structures familiales et sociales : la « culture de l’inceste » reste impunie.

Mais la mutation intellectuelle ou politique est aujourd’hui majeure sur cette question de contemporanéité immédiate : « quelque chose qui s’apparente à la naissance du sentiment antiraciste ou de la sensibilité féministe ».

L’inceste - terreur et sentiment d’un sacré à ne pas outrepasser - est un tabou ; il est interdit de commettre ce dont il est aussi interdit de parler - le théâtre se saisit dès l’origine de cet interdit, dans la mise en jeu de l’affrontement de la violence et du langage, du crime et de la loi.
L’ordre social est structuré par l’inceste, outil primal de formation à l’exploitation et à la domination de genre et de classe. L’inceste, en tant qu’exercice érotisé de la domination, est un élément-clé de de la reconduction des rapports de domination et d’exploitation.
(Dorothée Dussy, Le berceau des dominations - Anthologie de l’inceste.)

A travers une enquête personnelle et historique, mêlant l’histoire de la psychanalyse et des sciences sociales à une méditation sur l’art du théâtre, Eddy D’aranjo poursuit avec grand tact sa recherche d’un théâtre politique renouvelé mêlant performance et documentaire - « deux régimes de vérité au service d’un art décidé à montrer le réel tel qu’il est, pour ce qu’il est. »

En vue du confort du public pour lequel tout sera dit au mieux, et dans la vérité, s’impose sur la scène l’installation plastique majestueuse d’un vaste espace blanc soigné : sol, plateau et environnement sur lequel descend de temps à autre un écran léger pour la projection des visages rapprochés ou bien celle de documents administratifs - actes de décès, lettres diverses. Les interprètes sont de même vêtus de clair - des insectes livrés à l’entomologie.

Et l’auteur, metteur en scène et acteur Eddy D’aranjo surgit sur la scène, tranquille et paisible, prenant à témoin la salle, venu expliquer aux spectateurs dans la franchise et la complicité son projet sur l’inceste qu’il a tenu à mettre au jour théâtralement. Il prend son temps, entre sérieux, notes d’ironie et d’humilité, expliquant la découverte récente d’un inceste dans sa famille et invitant le spectateur à remonter le temps plus avant avec lui.

La scène devient espace de réflexion et de méditation, d’une baignoire blanche poussée de cour à jardin par un homme nu au visage masqué - violeur présumé. Des voix se font entendre, et des visages apparaissent à l’écran, alors que sur la scène les interprètes endossent leur rôle - Volodia Piotrovitch d’Orlik pour celui de José, le père d’Eddy, et pour les femmes interprètes et/ou techniciennes, Edith Biscaro - créatrice lumière-, Clémence Delille - scénographe costumière aussi -, Marie Depoorter, Carine Goron.

Jeanne, la grand-mère d’Eddy qu’il n’a jamais connue, est sur le plateau et à l’écran, portant un masque quand elle est plus âgée. Jeune, elle était « faiseuse d’anges », elle explique à une jeune femme en quoi consiste un avortement dans les années 1970, selon la méthode militante et féministe de l’époque, la méthode dite Karman, par aspiration, avec une canule.

On se croirait dans un film de Godard des années 1960 quand les interprètes lumineux vivent un amour ou une passion qu’ils dissèquent ensemble, au plus près de l’instant de la découverte sentimentale, entre obstacles infranchissables et promesses entrevues d’un avenir ensoleillé. Ils parlent sans cri ni vocifération ni déclaration autoritaire, presque sereins. Belle invitation à la salle enfin consolée des violences scéniques infligées ailleurs.

Théâtre et documentaire, la mise en scène d’OEdipe-Roi témoigne d’une maturité impressionnante, quant à l’inceste mis à la question, non seulement pour la recherche et la réflexion, mais pour l’évidence d’une lucidité esthétique au service d’une beauté scénique et clairvoyante d’aujourd’hui.

OEdipe-Roi d’après Sophocle, texte et mise en scène Eddy D’aranjo. Avec Edith Biscaro, Eddy D’aranjo, Clémence Delille, Marie Depoorter, Carine Goron, Volodia Piotrovitch d’Orlik, dramaturgie Volodia Piotrovitch d’Orlik, collaboration artistique William Ravon, scénographie, costumes Clémence Delille, lumière Edith Biscaro, vidéo Pierre Martin Oriol, son Martin Hennart. Du 7 au 22 février 2026, du mardi au samedi 19h30, dimanche 15h, à Odéon - Théâtre de l’Europe, Berthier Paris 17 è, 1 rue André Suarès. Réservations : www.theatre-odeon.eu +33 1 44 85 40 40

Crédit photo : Simon Gosselin.

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Véronique Hotte

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