Du 9 au 16 avril 2026, du mardi au samedi 20h, dimanche 15h, Ateliers Berthier 17 è Odéon-Théâtre de l’Europe.

Mami, mise en scène, dramaturgie Mario Banushi.

La mise en majesté d’une gestuelle maternelle protectrice.

Mami, mise en scène, dramaturgie Mario Banushi.

Un chien qui aboie dans la nuit, un réverbère élevé de route de campagne diffuse sa lumière jaune au-dessus d’une petite maison de bois dont les murs se soulèvent, comme le ferait une boîte à musique enfantine. Dans la cahute misérable, des murs nus sans meuble, si ce n’est une ampoule-servante de théâtre. Autour de l’abri, l’ombre nocturne, rurale et universelle, avec sa terre meuble sur le chemin, le tintement de cloche d’une église sonnant l’heure.

Une femme sort de l’abri, enceinte et près d’accoucher, elle met au monde un enfant dont s’occupe une personne protectrice qui peut être sa mère ou en tient lieu : les pleurs du nourrisson se font entendre. La nouvellement mère rentre chez elle, fermant la porte d’entrée. Puis celle-ci se rouvre, une femme aux cheveux blancs sort à l’extérieur : est-ce la jeune femme précédente qui aurait vieilli ? Ou bien l’inverse. Les époques s’entremêlent : on ne sait quelle est la succession - présent ou passé - des scènes inscrites dans le temps.

Cette fois-ci, la femme âgée est prise en charge par un jeune homme dans toute sa force qui protège cette aînée comme s’il s’agissait d’une enfant, la portant dans ses bras, changeant sa couche, la déshabillant puis la rhabillant.
Des gestes de tendresse affectueuse, de soutien noble et humaniste.

Puis, surgit une jeune femme, avec à la main un sac de fruits, qui détourne le jeune homme protecteur de la figure ancienne pour se consacrer à la plus jeune, la tenant amoureusement jusqu’à ce qu’un autre homme jeune, se contorsionnant et avançant le corps renversé en arrière, tel un scorpion, s’immisce dans le couple et se saisisse de l’amant pour le faire sien. Reste la figure féminine juvénile qui s’en va ; elle reviendra plus tard avec son amant.

Le théâtre de Mario Banushi se compose d’ambiances, de sens et de langage corporel, esquissant une toile de peinture du nu et des corps exposés : d’un côté, le corps quotidien et dépouillé ; de l’autre, un corps idéalisé par la forme et la lumière, le rythme et le son. Une attention précautionneuse à la présence charnelle et sensuelle des interprètes - acteurs physiques, danseurs et performers, figurants de toutes générations. Au coeur d’une atmosphère balkanique articulée de rituels, d’objets traditionnels, de traces esthétiques et de résistances culturelles.

Motivé par les souvenirs de son enfance, partagée entre l’Albanie et la Grèce, Mario Banushi s’appuie sur le maillage tissé autour du vocable « Mami » (« Maman » en albanais) et de ses nombreuses figures maternelles. Soutenu par un travail visuel, qui élève les corps en icônes, Mario Banushi traduit, au-delà du langage articulé, les émotions contrariées de l’amour filial.

L’amour maternel et l’amour filial, deux directions d’un seul sentiment fusionnel, atteignent un absolu que ne pourront qu’imiter et rechercher en vain les autres amours de la vie. L’amant ni l’amante, l’époux ni l’épouse ne sauront jamais être aussi aimants que la mère vis-à-vis de son enfant.

La mère est toujours un être relatif, dévouée à l’enfant qui lui confère sa autre de mère, n’existant dans la société que par et pour son enfant - dévouement et oubli de soi. La mère rebelle exigera enfin d’exister aussi pour elle-même.

Or, peintres et écrivains cèdent au charme du tableau que forme une mère portant et présentant son enfant. Ce lieu commun des beaux-arts, exploité par l’iconographie chrétienne, a peut-être contribué à l’effacement de la personnalité maternelle, jusqu’au déni de sa sensibilité et de sa pudeur.

Toujours est-il que le metteur en scène Mario Banushi met en majesté la splendeur de cette gestuelle - maternelle ou autre -, celle de la protection du plus faible : prendre soin de lui, le secourir, l’assister. Des mouvements humains de sauvegarde, de veille et d’attention - dans nos temps obscurs.

Mami, mise en scène, dramaturgie Mario Banushi, scénographie, costumes Sotiris Melanos, musique, son Jeph Vanger, lumière, dramaturge associé Stephanos Droussiotis, collaborateurs artistiques Aimilios Arapoglou, Thanasis Deligiannis. Avec Vasiliki Driva, Dimitris Lagos, Eftychia Stefanou, Angeliki Stellatou, Fotis Stratigos, Panagiota Yiagli. Du 9 au 16 avril 2026, du mardi au samedi 20h, dimanche 15h, Ateliers Berthier 17 è Odéon-Théâtre de l’Europe, 1 rue André Suarès 75017.www.theatre-odeon.eu, tel : 01 44 85 40 40.

Crédit photo:Andreas Simopoulos for Onassis Stegi

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Véronique Hotte

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