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Critiques / Théâtre

Ma folle otarie de Pierre Notte

par Dominique Darzacq

Une épopée qui rit et qui pleure

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Écrite pour répondre à une commande de théâtre en appartement qui nécessite de ne pas en faire trop du côté de l’habillage scénique, « Ma folle otarie » est présentée dans un dépouillement qui confine à l’ascèse. C’est, comme nous en avertissait Pierre Notte le soir de la première au Théâtre de Belleville, « au public de faire le boulot », d’actionner son imaginaire, une mise en branle subtilement fertilisée par le jeu au cordeau de Brice Hillaret .

Seul sur le plateau nu, juste cerné d’un halo de lumière, le comédien nous embarque à sa suite dans les méandres des vicissitudes et avatars d’un jeune homme à la vie bien ordinaire et sans relief qui voit ses fesses grossir. Agent de voyage falot qui n’a jamais haussé le ton, à « l’existence sans envergure ni allégresse », comme il l’affirme lui-même, qui n’a jamais aimé que par correspondance, n’a jamais cherché à se faire remarquer, une manière de fuyard en somme, qui un beau jour voit son arrière train grossir comme si le vide de sa vie était venu s’y nicher. Dévastatrice à plus d’un titre, l’énorme protubérance faisant, à son corps défendant, office de bouées de sauvetage, lui fait rater son suicide, lorsque n’en pouvant plus d’être regardé comme un monstre, il décide de se jeter dans la Seine. Embarqué par les fesses il se retrouvera, sur le quai de Dieppe, dans les filets d’un pêcheur en compagnie d’une otarie qui va le prendre en amitié, ce qui changera beaucoup de choses pour ne pas dire la face du monde.

Sous ses airs de tribulations loufoques Ma folle Otarie est un conte profond et bouleversant, organisé comme un feuilleton dont les épisodes sont autant de stations d’un calvaire qui, même déjanté, mène à la rédemption. En chemin il est question de solitude, des préjugés qui entravent et isolent, de la perte, celui d’un amour, fut-il de papier, ne va pas fissure, de la manière d’être ou non à sa place, de la violence des rapports humains, un thème cher à l’auteur qui nous dit ici, entre rire et larmes, que l’autre est une absolue nécessité.

Entre Kafka et Monsieur Plume de Michaux , Pierre Notte, d’une écriture sans emphase mais savamment travaillée, brosse l’épopée féroce et tendre, désopilante et poétique, d’une réjouissante métamorphose qui mine de rien nous regarde tous. Sans doute arrive-t-il que dans le tohu- bohu des évènements auxquels il confronte son héros, l’auteur par instants nous égare. Mais il est vrai que les otaries sont malicieuses et imprévisibles et celle-ci mérite d’aller y voir de près.
Créé au Théâtre de Belleville la saison dernière, le spectacle est repris actuellement au Théâtre du Lucernaire à partir du 10 mai.

Comme toutes les pièces de Pierre Notte, le texte est publié à l’Avant-Scène Théâtre. Collection des Quatre-vents

Ma folle otarie de Pierre Notte mise en scène Pierre Notte, avec Brice Hillaret (1h)
Théâtre du Lucernaire jusqu’au 24 juin tel 01 45 44 57 34

Photo Brice Hillaret dans « Ma folle otarie » ©Pierre Notte

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