Du 14 janvier au 1er mars 2026, spectacle hors-les-murs de la Comédie-Française, au Théâtre du Rond-Point,
Les Femmes savantes de Molière par Emma Dante.
Un spectacle pétillant de bonne humeur, d’humour et de libre extravagance.

Les Femmes savantes est une comédie de moeurs et de caractère en cinq actes, représentée la première fois à Paris au théâtre du Palais-Royal le 11 mars 1672 par la Troupe du Roi. Il y est question de préciosité, cette recherche du raffinement dans le langage, les idées, les sentiments et le comportement, mouvement et mode lancés par des salons, au début XVIIè.
Deux soeurs, l’aînée qui est une précieuse - Armande (Jennifer Decker) - et la cadette plus simple - Henriette (Edith Proust) -, se disputent le même homme - Clitandre (Gaël Kamilindi). Henriette est défendue par son oncle - le sage Ariste (Eric Génovèse) et son père - Chrysale (Laurent Stocker). Armande, quant à elle, est soutenue par sa mère Philaminte (Elsa lepoivre) et sa tante Bélise (Aymeline Alix). Ces précieuses admirent Trissotin (Stéphane Varupenne), bel esprit qui fait la cour à la cadette et qui s’oppose à Vadius (Sefa Yeboah), savant jaloux de ses succès, et à son rival Clitandre.
Une ruse de l’oncle démasque le trop intéressé Trissotin et sauve la situation. Et la servante de cuisine Martine - Charlotte Van Bervesselès - a son mot à dire, plus ou moins soutenue par le père quand la mère la renvoie pour son manque de connaissance de la langue française, ignorant Vaugelas : l’accumulation de ces manquements suscite la colère de ces dames puristes.
Près de quatre siècles après sa création, la teneur comique et ridicule des propos demeure, quant à la vision négative du mariage, de ses compromis obligés, de la vaniteuse quête du bonheur, de l’image des femmes savantes ou bien pédantes - on ne sait la distinction -, de la comparaison trop rapide entre ignorance et simplicité, du goût féminin pout la connaissance et qui frayerait trop souvent avec une érudition inopportune et tyrannique, alors que reste légitime enfin l’accès à la culture, aux arts et aux sciences pour toutes.
Molière a toujours prôné la juste mesure en tout, et l’attention portée à la nature. L’auteur est loin d’être un féministe avant l’heure, mais il se penche opportunément sur les excès des unes et des autres, ne griffant que superficiellement le socle du patriarcat. Et ces attaques ne passent que par la force de la comédie dite de moeurs, et son comique de situation, telle la stupéfaction du notaire quand on lui fait état d’une bigamie possible : « Deux époux ? / C’est trop pour la coutume ! » On rit des outrances des postures.
Et la metteuse en scène sicilienne Emma Dante s’y connaît quant aux postures et figures scéniques, plaçant le corps et ses mimiques loufoques au centre de la machine théâtrale. Un corps qui ne ment pas et ne s’ajuste pas forcément à l’expression orale simultanée : un spectacle concert d’une encyclopédie intime des gestes et mouvements napolitains, un échantillon allègre de maintiens caricaturaux et extravagants provoquant sourire et rire.
Le déploiement d’un art du grotesque solaire et pétillant, excentrique et fantasque, le signe d’une tendresse certaine pour l’humanité figurée. Les costumes colorés de Vanessa Sannino font leur office, inventifs et ironiques.
Des atours poussiéreux sortis de malles, mais qui n’en gardent pas moins leur connotation bourgeoise dans cette volonté saugrenue de paraître, propre au Grand Siècle comme à tous les temps - humour des coiffures montantes et ossatures de robe à panier pour les dames, quand les hommes portent des chevelures colorées fluo et des habits pastel, une influence du présent sur le passé. Quant aux laquais et autres serviteurs (Diego Andres, Hippolyte Orillard, Alessandro Sana, Sabino Civilleri), vêtus de noir, ils peuvent revêtir des robes de mariée, entamant danses et mouvements collectifs ludiques.
La mise en scène évolue de surprise en surprise, jusqu’à des images inattendues et espiègles, amusées et vives - rondes des serviteurs cocasses, chansons et musiques du XXI è, jeu des LED -, qui renouvellent l’attention, et ré-animent les enjeux de société dont nul n’est dupe. Sur scène, l’empilement de livres-pop up pour le divertissement et la culture, contrecarrant la thèse de Chrysale pour lequel l’instruction et l’éducation sont inutiles aux femmes et davantage à une servante qui doit simplement « savoir préparer son pot ».
La troupe de la Comédie-Française, non familière de la gestuelle napolitaine, n’est est pas moins au rendez-vous de l’esthétique déjantée et lumineuse d’Emma Dante. Radieux et enjoués, parfois déguisés sous un masque d’ennui et d’indifférence, boudeurs et dépités, les interprètes savent qu’ils dessinent l’ambiguïté de la comédie moliéresque : Éric Génovèse réfléchi, Laurent Stocker bouffon dans l’âme, Elsa Lepoivre impérieuse, Stéphane Varupenne joli fourbe. Et Jennifer Decker, Gaël Kamilindi, Sefa Yeboah, Edith Proust, Aymeline Alix, Charlotte Van Bervesselès, enthousiastes et malicieux.
Un spectacle pétillant de bonne humeur, d’humour et de libre extravagance.
Les Femmes savantes de Molière, mise en scène d’Emma Dante, avec la Troupe de la Comédie-Française, Éric Génovèse, Laurent Stocker, Elsa Lepoivre, Stéphane Varupenne, Jennifer Decker, Gaël Kamilindi, Sefa Yeboah, Edith Proust, Aymeline Alix, Charlotte Van Bervesselès et Diego Andres, Hippolyte Orillard, Alessandro Sanna, Sabino Civilleri. Scénographie et costumes Vanessa Sannino, lumières Cristian Zucaro,
collaboration artistique Rémi Boissy, assistanat à la scénographie Ninon Le Chevalier, assistanat aux costumes Marion Duvinage. Du 14 janvier au 1er mars 2026, du mercredi au samedi 20h30, dimanche 15h, spectacle hors-les-murs de la Comédie-Française, au Théâtre du Rond-Point, Paris 8è. comedie-francaise.fr theatredurondpoint.fr
Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage, coll. Comédie-Française.



