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Le Voyage de Benjamin de Gérard Wajcman

par Dominique Darzacq

Une épopée comme on voyage autour de sa chambre

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Après l’avoir créé en 2003 au Théâtre de Sartrouville pour la Biennale 0dyssées 78, Brigitte Jaques-Wajeman a eu la bonne idée de remettre sur l’établi de la création Le Voyage de Benjamin qui prend sa source dans un roman Yiddish du XIXème siècle Le Voyage de Benjamin III de Mendele Moïche Sforim, récit picaresque souvent comparé à Don Quichotte qui valut à son auteur le surnom de Cervantès des ghettos.

Aujourd’hui tout comme hier, retissant pour les enfants autour des tribulations de Benjamin qui quitte son petit village (shetl) en quête de la terre promise Gérard Wajcman pour l’écriture et Brigitte Jaques-Wajeman pour la mise en scène ont concocté une savoureuse traversée d’imaginaire, légère et miroitante comme nos enfantines bulles de savon et profonde comme un voyage intérieur.
Dans un dispositif scénique inventif qui tient autant du cirque que de la baraque de foire, où des cartons tels des jeux de cubes se font tunnel, gratte-ciel ou piédestal, une étoffe, vague ou voile de navire, les comédiens inspirés et en verve jouent, chantent, dansent, changent de costume comme on se déguise et sur la musique joyeuse et parfois mélancolique de Marc Olivier Dupin nous embarquent sans temps mort à la suite de Benjamin
Rêvant de franchir les mers sur le bateau d’Ulysse, de traverser les Alpes à dos d’éléphant comme Hannibal, et surtout lassé des sévices du Pristav (le chef de la police) et de ses chevauchées avinées ponctuées de Pogroms, Benjamin (Thimothée Lepeltier) a décidé de quitter Boulba , toute petite ville perdue au milieu de la grande Russie pour aller voir autre chose, aller au-delà de l’horizon, connaitre le monde dont on parle dans les livres et où poussent les oranges.

Après avoir vaincu sa peur, ce qui ne va pas sans avatars, enrôlé pour l’accompagner Senderl (Aurélien Pawloff), le simplet du village , Benjamin prend la route qui mène au pays du monde meilleur. Sous la houlette de Madame Laconteuse (Emilie Cazenave), narratrice Frégoli et virevoltante qui participe et aiguille l’action , Benjamin et son compère vont traverser de vastes et ténébreuses forêts, passer des fleuves, croiser des tigres et des ours, rencontrer toutes sortes de quidams pas très avenants, passer par Yorkenou où l’on parle toutes les langues, mais où les gens l’oreille collée à leur portable ne s ‘adressent pas la parole, feront l’expérience de la liberté et de ses revers, se retrouveront ouvriers à la chaîne, catapultés par un magicien plus véreux que mystérieux, se feront arnaquer par Christophe Colombo qui comme eux veut embarquer sur un paquebot . Au bout du compte auront-ils trouvé le monde meilleur de leur rêve ? Quoi qu’il en soit, accompagnés d’un violoniste (Robin Antunes) qui semble sorti d’un tableau de Chagall, de tribulations en mésaventures, nos deux héros nous auront raconté avec humour , les déchirures de l’exil, les souffrances de l’immigration et la dureté du monde. Autant de questions diablement actuelles ces temps-ci.

Le Voyage de Benjamin de Gérad Wajcman, mise en scène Brigitte Jaques-Wajeman, avec Emilie Cazeneuve, Timothée Lepeltier, Aurélien Pawloff, au Violon Robin Antunes (Tout pubic à partir de 7 ans 55’ )
Théâtre de la Ville / Théâtre des Abbesses jusqu’au 14 octobre

En tournée  : 24 au 27 janvier 2018 Théâtre de la Reine Blanche à Paris, 15 Février Maison Laffitte, 18-19 mars Maison Alfort

Le texte de la pièce est publié chez Actes Sud-Papiers/ coll Heyoka jeunesse

Photos © Cosimo Mirco Magliocca

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