Du 5 au 22 février 2026, du mardi au samedi 20h30, dimanche 16h30, au Théâtre de la Tempête, Salle Philippe Adrien, Cartoucherie 75012 Paris. www.la-tempete.fr
Le Roi, la Reine et le Bouffon, texte et mise en scène, Clémence Coullon.
Le burlesque au secours des récits impossibles sur la tyrannie, toujours d’actualité.

Jouant à la fois avec les codes du conte et du drame, Le Roi, la Reine et le Bouffon, des figures hugoliennes ou shakespeariennes, met en scène un trio cruel et sarcastique, joyeux et vivant, afin de mieux explorer dans un jeu burlesque les mécanismes de la violence, un spectacle accompagné d’une conteuse omnisciente « cadrant » avec malice l’ensemble tant bien que mal.
La conteuse apparaît, facétieuse et mystérieuse, face public s’exprimant avec gourmandise, véritable chef d’orchestre de cette histoire en panne, elle re-questionne le pouvoir de l’illusion et de son rôle. Peut-il encore être moteur de changements d’imaginaire et de transformation ? Myriam Fichter dans le rôle assigné est une comique dans l’âme, farceuse subjuguant le public qu’elle tient soumis à ses mimiques inventives, entre clownerie et drame.
La farce cruelle et stylisée suit l’enfermement de trois personnages forcés à l’isolement dans leur royaume. Un huis-clos aux effets fâcheux, une fable percutante, bouffonne et grotesque sur une anatomie de la domination. Sont questionnées la monstruosité et l’absurdité du monde, grâce au clown, au jeu masqué, au conte, au théâtre de l’absurde et à la comédie, forme héritière de Chaplin, Beckett… : poétique du décalage et des faux-semblants, un espace d’illusions, machine ludique aux probabilités et imaginaires variés.
Universels sont ces rois, ces reines et ces châteaux à la façon du Prince de Motordu - situations incongrues et déstructuration du langage à travers le burlesque et le clown. Le Roi, la Reine et le Bouffon sont tour à tour coupables et monstrueux, touchants et excessifs, victimes et bourreaux.
Les grandes figures sont mises à bas : des pantins déguisés à la manière d’un livre d’images et de contes - costumes blanc cassé aux lignes rigides et géométriques de rois et reines grandis et stylisés, tel ceux d’un jeu de cartes, quand le Bouffon, petit, semble déformé, aux lignes amoindries et bosselées.
Le spectacle joue sur les figures significatives des imaginaires enfantins, interrogeant les fantasmes projetés sur tous les êtres de pouvoir. Ils sont devenus trois types de clowns grossiers, absurdes et méchants. L’excès dans la méchanceté, la satire, a fait chuter ces portraits en pied énigmatiques. Même la conteuse a perdu la foi dans ces récits qui endorment les foules, quand tout s’effondre. Arrachés au sublime et à l’idéalisation, Le Roi, la Reine et le Bouffon, échouent dans le réel - existence in-organisée et in-orchestrée.
D’abord, la tentative de suicide du Roi : mort ou vivant, plutôt mort-vivant. La Reine conserve le pouvoir, maintient le Roi en vie, moins par empathie que par désir de régner : le rappel des violences intra familiales ou de couple..
Et les rapports de pouvoir s’inverseront : au bouffon de prendre le pouvoir.
Tom Menanteau dans le rôle du Roi est pince-sans-rire et loufoque, plaintif et geignard, satisfait de lui-même et incapable de porter attention à l’autre. Clémence Coullon en Reine a la prestance princière et élégante qui sied, jouant du rire et des larmes, entièrement dévolue à la scène tandis que Guillaume Morel en Bouffon, au jeu expressionniste - visage et corps - ne cesse d’étonner le public de tant d’humour, de rouerie, de calcul prémédité.
Un spectacle audacieux qui accomplit une prestation parfaite et pleine d’acuité dans le genre du cabaret burlesque, une fantasmagorie vivante, saugrenue et insolite, mouvementée et imprévisible encore, qui ménage le suspens et dénonce les tyrannies actuelles et leurs figures reconnaissables.
Le Roi, la Reine et le Bouffon, texte et mise en scène, Clémence Coullon (Compagnie La Grande T.). Avec Clémence Coullon, Myriam Fichter, Tom Menanteau, Guillaume Morel. Collaboration artistique Agathe Mazouin, collaboration dramaturgique Barbara Métais-Chastanier, scénographie et régie générale Angéline Croissant, lumière Félix Depautex, son Simon Péneau, costumes Lucie Duranteau. Du 5 au 22 février 2026, su mardi au samedi 20h30, dimanche 16h30, au Théâtre de la Tempête, Salle Philippe Adrien, Cartoucherie 75012 Paris. www.la-tempete.fr
Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.



