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Critiques / Théâtre

Le Cerf et le chien de Marcel Aymé

par Dominique Darzacq

Un plaisir à déguster en famille

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De toute évidence les histoires racontées par un chat à Marcel Aymé alors qu’il était assis sous un pommier sont pour Véronique Vella de propices terrains de jeu. Après nous avoir mitonné, de savoureuse manière, la rencontre de Delphine et Marinette avec Le Loup , elle a eu envie, histoire de savoir ce que devenaient les deux fillettes, de retourner dans cette drôle de ferme où les animaux parlent comme vous et moi et où il se passe des choses très étranges dès que les parents ont le dos tourné.
Ce matin-là justement, ils étaient partis à la foire laissant le bœuf ruminer tranquillement à l’étable. Dans la cour, tandis que Marinette à cheval sur rebord de la fenêtre de leur chambre jouait avec un petit poussin en suçant son pouce, Delphine, l’aînée, caressait la tête du chat de la maison qui ronronnait en tournant les pages d’un grimoire car il était aussi savant que sage. C’est alors que surgit, exténué et haletant, un cerf que traquait une meute de chiens. Sur les conseils avisés du chat et avec la complicité de Pataud, un des chiens de la meute attendri par les fillettes, Delphine et Marinette cachèrent le cerf dans leur chambre et l’encouragèrent à rester à la ferme plutôt que de risquer sa vie à courir les bois. Pour faire plaisir à ses deux protectrices, le cerf tenta de s’adapter à la vie d’animal domestique et fut attelé à côté du bœuf pour tirer la charrue, ce qui ne se fit pas sans éclats de rire de la part du bœuf, ni sans douleur pour le cerf ignorant tout de l’art du labourage qui consiste « à tracer des sillons droits et à marcher du même pas », ce qu’il apprendra au cours d’une désopilante autant qu’émouvante séance d’initiation qui scellera leur amitié. Mais que peut l’amitié d’un bœuf quand on ne cesse de rêver de retrouver la liberté en même temps que la forêt et que de surcroit on a l’échine susceptible et qu’on ne supporte pas les coups de bâtons ?

Comme avec Le Loup , Véronique Vella prend le conte tel que l’a écrit Marcel Aymé et « l’orchestre » en une partition dont les personnages sont à la fois acteurs et narrateurs. Convaincue que « la musique adoucit le théâtre », elle y glisse en contrepoint quelques couplets additionnels particulièrement bienvenus signés de Lucette-Marie Sagnière pour les paroles et Vincent Leterme pour la musique.

Dans une scénographie qui emprunte à la palette naturaliste (Julie Camus) et des costumes subtilement allusifs (Isabelle Benoît), les acteurs, gamins lâchés dans la cour de récré, endossent leurs personnages avec jubilation. De Michel Favory, chat très voltairien à Elliot Jenicot, cheveux en pétard et l’allure d’une rock star, cerf tout de fébrilité, en passant par Stéphane Varupenne bœuf placide et débonnaire contaminé par les rêves de son copain le cerf, Jérôme Pouly Pataud, chien d’une meute milicienne déchiré entre cœur et devoir, Sylvia Bergé et Alain Lenglet parents pas mauvais bougres mais conformistes et pour qui la gente animale se doit de servir ou de passer à la casserole, Elsa Lepoivre en salopette et couettes au vent, Marinette aussi audacieuse que craintive houspillée par Delphine l’aînée, « celle qui se doit d’être sage pour deux », que joue Véronique Vella , tous font merveille portés par une mise en scène inventive semée d’indices propres à ouvrir des voies à l’imaginaire des spectateurs et à faire miroiter l’aventure du cerf de multiples couleurs et humeurs.

Créé en novembre 2016, de spectacle tout pétillant d’intelligence est à nouveau à l’affiche du Studio de la Comédie-Française. On ne s’en plaindra pas ; En effet, c’est avec le même plaisir que l’on retrouve les malicieuses Delphine et Marinette, héroïnes d’une fable cruelle et tendre qui s’habille d’humour pour mieux nous parler de liberté, d’amitié, de solidarité, de l’acceptation de l’autre et ce qu’il peut nous apporter. Ce qui en nos temps frileux de repli sur soi n’est évidemment pas fortuit.
Que vous ayez 7 ans, oi 77 ans et même entre les deux, allez-y. Vous ne le regretterez pas

Le Cerf et le chien de Marcel Aymé. Mise en scène Véronique Vella avec Véronique Vella Michel Favory, Sylvia Bergé, Alain Lenglet, Jérôme Pouly et Julien Frison (en alternance), Elsa Lepoivre, Stéphane Varupenne, Elliot Jenicot - durée 1h

Studio de la Comédie-Française jusqu’au 7 janvier à 18h30

photos : Simon Gosselin

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