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Critiques / Théâtre

L’histoire du soldat de Stravinski et Ramuz

par Corinne Denailles

Une fable musicale diablement enlevée

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Le Russe Igor Stravinski doit sa rencontre avec le Vaudois Charles-Ferdinand Ramuz à la révolution russe qui l’a conduit à s’exiler en Suisse. Ils ont écrit ensemble cette étrange partition, une sorte de mélodrame raconté, mis en musique, mimé, dansé, inspiré d’un conte russe, Le soldat déserteur et le diable en en effaçant le caractère spécifiquement russe pour accéder à une dimension universelle. Nous sommes en 1917. L’action se situe en Suisse, "entre Denges et Denezy, un soldat qui rentre chez lui... ". C’est l’histoire d’un simple soldat qui rentre au pays. Il marche, s’accompagnant au violon. Il rencontre le diable, sous les traits d’un chasseur de papillon, qui lui soutire son instrument en échange d’un livre magique qui lui promet la fortune. Ainsi le soldat vend son âme au diable. Mais il découvre que l’argent ne fait pas le bonheur. Il réussit à reprendre le violon au diable au terme d’une partie de cartes. Grâce à son violon retrouvé, il séduit une jeune princesse malade promise à celui qui la guérira. Le voilà prince. Malheureusement la princesse qui veut connaître son histoire le convainc de retourner dans son village natal et sur le chemin il sera définitivement emporté par le diable : "un bonheur est tout le bonheur, deux, c’est comme s’ils n’existaient pas".

Omar Porras revisite ce spectacle autour du mythe de Faust créé en 2003 qui dégage une folle énergie. Sur un mode féérique, kitch juste ce qu’il faut, exubérant et baroque, plein d’humour, Porras affirme la convention théâtrale à travers les masques et les costumes réduits à leurs éléments significatifs, mais aussi à coups de lumière noire, couleurs saturées, pétards, explosions diverses et feu d’artifice, autant de manifestations du Malin qui se métamorphose au fil des rencontres avec le soldat. Fredy et Omar Porras ont imaginé une scénographie inventive pleine de surprises. Le spectacle mené à un train d’enfer est accompagné par l’excellent Ensemble 2e2m qui dialogue avec le récit avec la virtuosité qu’exige la partition de Stravinski qui conjugue plusieurs genres musicaux comme la pastorale, la marche, le choral mais aussi le tango, la valse et le ragtime que le compositeur affectionnait particulièrement. Les acteurs masqués sont aussi danseurs, acrobates et maîtrisent tous admirablement la pantomime. Le rôle du narrateur qui orchestre le récit est tenu par Philippe Gouin, l’acteur et metteur en scène Joan Mompart est le pauvre soldat, Omar Porras lui-même interprète le rôle du Malin à l’accent diablement sud-américain, la princesse est la facétieuse Maëlle Jan, sans oublier le curé joué par Alexandre Esthève. Un spectacle réjouissant, tout public à partir de 8 ans.

L’histoire du soldat de Charles-Ferdinand Ramuz et Igor Stravinski. Mise en scène Omar Porras ; scénographie Fredy et Omar Porras ; masques, Fredy Porras ; lumières, Mathias Roche ; costumes, Irene Schlatter d’après la création de Maria Galvez ; effets spéciaux et accessoires, Laurent Boulanger. Avec Alexandre Esthève, Philippe Gouin, Joan Mompart, Omar Porras, Maëlle Jan et l’Ensemble 2e2m sous la direction de Benoît Willmann. Au théâtre 71 à Malakoff jusqu’au 27 novembre. Tel. 01 55 48 91 00. Durée : 1h.

© Elisabeth Carecchio

Tournée
2-3 décembre à la Comédie de Caen
15-22 décembre au Théâtre du Nord à Lille.

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