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Histoire du soldat de Stravinsky et Ramuz

par Corinne Denailles

Accord parfait

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Inspiré d’un conte populaire russe, cette histoire est le fruit d’une amitié entre le Russe Igor Stravinsky et le Suisse Charles Ferdinand Ramuz aux dernières heures de la Première Guerre mondiale. Dans ce beau conte métaphorique et philosophique, un jeune soldat en permission est abordé par un être étrange qui le convainc de lui échanger son violon contre un livre magique qui le comblera de richesses pour son malheur : « un bonheur c’est tout le bonheur, deux, c’est comme s’il n’existait plus ». Le jeune homme ne comprendra que bien trop tard qu’il s’agissait du diable en personne et s’en repentira.

Il y a un bel équilibre dans cet accord entre musique et théâtre, indissociables, très bien traduit par la mise en scène de Stéphane Druet qui, depuis longtemps, conjugue les deux disciplines. Trois comédiens, une danseuse et sept musiciens nous entraînent vivement dans cette fable édifiante. L’exceptionnel Claude Aufaure est le narrateur, et ici il fait figure d’auteur en train de construire son histoire en même temps qu’elle se joue. Il dit le texte sur un rythme scandé comme une partition musicale, parfois accompagné du soldat qui le double, accentuant ainsi la musicalité du texte. Fabian Wolfrom incarne joliment l’innocence de la jeunesse et sa crédulité. En opposition, Licinio da Silva est le plus roublard des diables, inquiétant, comique et cabotin. Et puis il y a la très gracieuse Aurélie Loussouarn qui interprète la princesse dans une chorégraphie millimétrée, dans un espace minuscule, et déploie une vraie poésie, jouant subtilement de la rupture entre classique et moderne, à l’image de la musique de Stravinsky interprétée avec beaucoup de légèreté et d’esprit de finesse par l’orchestre -atelier Ostinato. Les jeunes musiciens, en uniforme militaire de l’époque, veste bleu horizon et pantalon garance, comme le soldat, expriment la puissance de l’œuvre tout en restant dans la retenue nécessaire exigée par un si petit espace ; ils font entendre combien l’œuvre est faite de multiples solos qui prennent la parole, se rejoignent, se chevauchent, se répondent, de phrasés classiques bousculés par de brusques ruptures, dans une tonalité pleine d’alacrité.
Accord parfait entre musique, théâtre et danse avec ce grand spectacle miniature présenté dans l’écrin miniature du Poche Montparnasse.

Histoire du soldat de Igor Stravinsky et Charles Ferdinand Ramuz. Mise en scène Stéphane Druet. Direction musicale Jean-Luc Tingaud ; chefs d’orchestre Oliviers Dejours et Loïc Olivier (en alternance). Avec Claude Aufaure, Licinio Da Silva, Fabian Wolfrom, Aurélie Loussouarn et l’orchestre-atelier Ostinato. Costumes, Michel Dussarat ; lumières, Christelle Toussine ; assistant à la mise en scène et chorégraphie, Sebastián Galeota ; peinture murale, Laurent Bost. Au Poche Montparnasse jusqu’au 16 juillet à 21h. Durée : 1h10. Résa : 01 45 44 50 21
www.theatredepoche-montparnasse.com

photo : Brigitte Enguérand

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