Du 21 janvier au 14 mars, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, Paris 6è.

Hamlet d’après Shakespeare, mise en scène Ivo Van Hove, avec la Troupe de la Comédie-Française Hors-Les-Murs.

Entre la radicalité d’une jeunesse intempestive et le divertissement léger.

Hamlet d'après Shakespeare, mise en scène Ivo Van Hove, avec la Troupe de la Comédie-Française Hors-Les-Murs.

Sur la scène de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, un espace vide et sombre qu’éclairent des barres de LED et un écran au lointain qui projette le portrait d’Hamlet - Christophe Montenez -, debout dans le lointain, la caméra zoomant le visage princier jusqu’à l’oeil sous la paupière fermée et jusqu’à pénétrer cet organe précieux et fragile, tel l’ophtalmo et sa technologie versant dans l’abîme oculaire du patient, puits sans fond frayant avec le cerveau.

S’annonce un voyage fantastique qui aimerait sonder les mystères et les énigmes du héros, éveillé brutalement par le deuil paternel à la conscience des enjeux politiques – pouvoir, usurpation, corruption, vertige du pouvoir…

Le long de la représentation, l’écran éteint s’illumine régulièrement, comme soumis à des interférences visuelles et sonores - craquements, frottements et télescopages en vrac -, écran où on lit des mots évocateurs : VENGEANCE..

A travers une distribution resserrée, le metteur en scène en cours Ivo Van Hove initie une plongée dans la subjectivité tourmentée du prince danois, « pour mieux saisir le moment de bascule où la jeunesse cède à la violence absolue ». Si Hamlet croit d’abord au pouvoir du théâtre pour rétablir la vérité sur l’assassinat de son père, c’est la vengeance qui s’impose comme la seule issue possible. Or, la difficulté est bien là, car le drame du personnage et du titre éponyme relève précisément du divorce entre le dire et l’être, entre une parole pléthorique et l’impossibilité de toute action effective à mener, à agir…

Hamlet est blessé par la mort inattendue de son père (Guillaume Gallienne, mort-vivant rampant depuis les fumées de l’au-delà) et par le mariage empressé de sa mère (digne et élégante Florence Viala) avec son oncle, frère du roi (Guillaume Gallienne encore, mais pour un portrait en pied).
Tout est vu depuis le regard intérieur d’Hamlet et ses réactions face au monde : son père assassiné par son propre frère. Tourmenté, il se durcit, pour faire éclater la vérité

L’idéaliste se fait activiste radical et meurtrier : une vision shakespearienne répétitive jusqu’à notre présent bien sombre, l’art révélant les rêves et la part obscure de l’humanité, un mouvement qui pourrait ou devrait être apte à appréhender le chaos. Or, les derniers mots princiers : « the rest is silence » restent à méditer.

A la manière stylisée de Ivo Van Hove, la compagnie des comédiens offre un rassemblement de jeunes gens et moins jeunes en tenue de ville, costume sombre et chemise nette, tous bien mis ostensiblement. Denis Podalydès en Polonius et père d’Ophélie et de Laertes (Jean Chevalier) fait son travail admirable de conseiller étroit d’esprit, tandis que Loïc Corbery en Horatio, ami de Hamlet, est fidèle à sa posture romantique privilégiée, tel un double inconscient de Hamlet un peu plus aguerri, face à Christophe Montenez volubile, déclamateur courageux et arpenteur inlassable.

Elissa Alloula incarne Ophélie, jeune fille pure troublée par la folie jouée d’Hamlet : elle chante et impose sa belle présence poétique sur le plateau.

Ces interprètes lumineux incarnent sous l‘oeil du chorégraphe Rachid Ouramdane une intériorité existentielle tant intime que collective, dépassant, par les rondes et l’harmonie des mouvements, l’indicible, soit l’intimité et la communauté des « corps de la cour », des « corps asservis » ou des « corps libres » - une « respiration élargie » accordée à l’espace.

Chansons contemporaines anglo-saxonnes des années 80, groupe rock des Queen, entre autres, des souffles plus légers investissent la scène pour un joli divertissement qui édulcore la charge existentielle de la pièce.

Hamlet d’après Shakespeare, mise en scène Ivo Van Hove, avec la Troupe de la Comédie-Française Hors-Les-Murs, Florence Viala, Denis Podalydès, Guillaume Gallienne, Loïc Corbery, Christophe Montenez, Jean Chevalier, Élissa Alloula. Traduction Frédéric Boyer, adaptation Ivo Van Hove et Bart Van den Eynde, dramaturgie Bart Van den Eynde, scénographie et lumières Jan Versweyveld, costumes An D’Huys, musiques originales Roeland Fernhout, son Pierre Routin, vidéo Claudio Cavallari, travail chorégraphique Rachid Ouramdane. La Comédie-Française hors-les-murs, du 21 janvier au 14 mars, du mardi au samedi 20h, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, Paris 6è. Dans le cadre de sa programmation Hors les murs, la Comédie-Française présente une autre mise en scène d’Ivo Van Hove, Le Tartuffe ou l’Hypocrite, du 21 mai au 11 juillet 2026 à La Villette – Grande Halle.
Crédit photo : Jan Versweyveld, coll. Comédie-Française.

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Véronique Hotte

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