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En attendant les Molières… Rencontre avec Francine Bergé

par Marie-Laure Atinault

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Nous avons rencontrés plusieurs artistes qui sont nommés aux Molières 2016.
Mais que ressent-on lorsque l’on est distingué par ses pairs pour la fameuse récompense ? Fierté, joie, anxiété ? Quelle impulsion donne l’attribution d’un Molière 
 ?

Francine Bergé est nommée cette année aux Molières dans la catégorie "Molière de la Comédienne dans un spectacle de Théâtre public" pour Bettencourt boulevard ou une histoire de France de Michel Vinaver dans la mise en scène de Christian Schiaretti.
Ce n’est pas la première fois que cette grande comédienne est nommée dans cette catégorie. En 2003, elle était nommée pour Jeux de scène de Victor Haïm, mis en scène par Marcel Bluwal.

Une rencontre passionnante avec cette grande dame du théâtre, qui préfère parler des autres plutôt que d’elle.

WT : vous êtes issue d’une famille d’artistes, de danseurs.
Francine Bergé : Et de blanchisseurs ! (rires). Je me suis lancée dans la généalogie…. En fait, les parents de mon père venaient d’une famille Picarde. Sa grand-mère picarde Irma Caron était blanchisseuse. Dans ma généalogie, j’ai un professeur de maintien à la cour de Vienne ! Son fils est devenu danseur à l’Opéra de Paris et blanchisseur ! Les danseurs n’étaient pas considérés à l’époque. Tout juste bon à être des porteurs, ils étaient mal payés. Néanmoins, il fut le partenaire de la Pavlova.

WT : Comment le théâtre est entré dans votre vie ?
Francine Bergé :
Mes parents nous mirent tout naturellement, ma sœur et moi, dans des cours de danse. Ma mère était une comédienne rentrée. Elle estimait qu’il fallait prendre des cours de théâtre. Une bénédiction pour moi. Je trouvais cela beaucoup plus facile, et surtout moins fatiguant.

WT : Vous avez fait le rue Blanche ?
Francine Bergé :
Oui, j’ai eu au conservatoire de merveilleux professeurs : Fernand Ledoux, Jean Debucourt et Paul Émile Deiber. Après un premier prix de Tragédie, je suis engagée à la Comédie Française.

WT : Il apparaît dans votre carrière deux noms très important, Roger Planchon et Marcel Maréchal.
Francine Bergé :
Ce qui me frappe c’est l’enchaînement des rencontres. Je jouais dans des mâtinées classiques du théâtre du Palais Royal sous la direction de Jean Meyer, et le film Les Abysses de Nikos Papatakis passait au Festival de Cannes. C’était fou, entre Cannes et le théâtre ! La croisette et le retour pour jouer au théâtre, j’étais épuisée mais follement contente. C’est grâce à ce film que je fus choisie pour tourner dans Judex de Georges Franju. Planchon voit le film, Les Abysses et me contacte.

WT : Et vous jouez l’un de vos rôles phares Bérénice.
Francine Bergé
 : Ce fut une aventure passionnante. Avec des rôles forts.

WT : Quel metteur en scène était Roger Planchon,
Francine Bergé :
Il était très doux. Mais il savait ce qu’il voulait. Il était très directif. Mais, il était différent selon les comédiens, avec Sami Frey il était plus compréhensif. Il aimait que l’on reste à sa place. Je n’ai jamais pris un café avec lui. C’était une relation de travail, un peu strict.

WT : Et avec Marcel Maréchal ?
Francine Bergé :
Avec Marcel Maréchal, c’était un peu la fête. Un directeur formidable, qui mettait une bonne ambiance. Il avait constitué une équipe formidable. Ce sont de bons souvenirs du Malade Imaginaire aux Trois Mousquetaires. Et bien sûr La Poupée d’Audiberti. Je ne peux pas m’empêcher de l’aimer.

WT : A notre connaissance vous êtes l’une des rares actrices, à avoir joué deux pièces de Jean de Rotrou ?
Francine Bergé :
Oui, sinon la seule. Hélas deux bides ! Pourtant deux beaux spectacles.

WT : Pour Le véritable Saint Genest comédien et martyr vous êtes retourné à la Comédie Française, en 1988.
Francine Bergé :
Jean Le Poulain, qui était administrateur de la Comédie Française à cette époque, avait promis à André Steiger qu’il ferait appel à lui pour monter cette pièce magnifique. Elle est, à mon sens encore plus belle que L’Illusion comique. J’avais la chance d’avoir Michel Aumont comme partenaire.
Puis j’ai joué dans Agesilan de Colchos dans une mise en scène de Philippe Berling, en 1991.

WT : Cette année vous êtes nommé pour votre formidable interprétation de Liliane Bettencourt. Ce qui est amusant c’est qu’en 1974, vous avez joué dans l’Hôtel du Lac une pièce d’un certain François-Marie Banier.
Francine Bergé :
Il était absolument charmant. Pour Bettencourt boulevard, les rencontres et le travail furent passionnants. Christian Schiaretti a accepté de mettre la pièce en scène alors qu’elle n’était pas complètement finie.

WT : Comment aborde-t-on le rôle d‘une personne prise sous le feu de l’actualité ?
Francine Bergé :
Le texte avant tout. C’est ma règle. J’ai considéré Liliane Bettencourt comme un personnage. Ma référence étant le texte et les indications de Christian Schiaretti, qui est un merveilleux metteur en scène. Le texte, à la première lecture est déconcertant. Il n’y a aucune ponctuation. Michel Vinaver est un immense auteur.

WT : Le spectacle a remporté un très grand succès. Le théâtre de la Colline a affiché complet.
Francine Bergé :
Nous avons refusé du monde. Je trouve dommage que le spectacle ne soit pas repris. C’est une belle aventure.

WT : Distinguée par plusieurs nominations aux Molières. C’est votre deuxième nomination. Quelles impressions avez-vous ?
Francine Bergé :
Je suis très heureuse et très fière (rires cristallins)

WT : nous aimerions savoir si lors de votre première nomination pour Jeux de Scène, cette présence aux Molières vous a apporté quelque chose ?
Francine Bergé :
Franchement, rien du tout. Mais c’est une reconnaissance du métier qui n’est pas négligeable. Pour vous parler franchement, j’étais très déçue de ne pas l’avoir. Comme tout le monde d’ailleurs ! La compétition va être rude.

WT : Avez-vous préparé un discours ?
Francine Bergé :
Absolument. Mais c’est un secret.

WT : Verdict lundi soir lors de la 28ème Cérémonie des Molières.

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