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Critiques / Théâtre

Eddy Merckx a marché sur la lune

par Dominique Darzacq

Mais ou sont nos utopies d’antan ?

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A l’heure où « on nous dit que la planète est menacée par la surconsommation de ses ressources », « que le cadavre de dieu, quel que soit son nom, bouge encore et dangereusement », que reste-t-il de l’héritage de mai 68 ? se demande le dramaturge belge Jean-Marie Piemme. Une question diablement pertinente posée sans nostalgie à travers un spectacle allègre et choral conçu comme une rencontre festive où les participants arrivent les uns après les autres en saluant de la main les autres convives déjà présents, c’est-à-dire nous le public.

Ils sont onze comédiens et comédiennes sur le plateau nu, tout à la fois page blanche où s’écrivent les souvenirs et studio de cinéma où s’improvisent dans le désordre de la mémoire, des scènes qui ponctuent la trajectoire d’une vie. Celle de Max encore tout gamin quand son père le tira de son sommeil pour lui annoncer, tout débordant d’enthousiasme, que Niel Armstrong avait posé le pied sur la lune. Cette même année le belge Eddy Merckx gagnait son premier tour de France, un événement qui marqua aussi sa mémoire d’enfant. Par bonds, bifurcations, allers et retours entre hier et aujourd’hui, de ses jeunes amours avec Julia suivie dans « cette moderne Alexandrie » que leur paraissait alors New-York, à l’épouvante du Bataclan, Max, fils de Pierre et d’Angèle et qui n’a pas comme ses parents vécu mai 68, déroule le fil de sa vie. Une vie tissée de rêves et de frustrations, de réussites et défaites, de deuils, d’amour, d’amitiés. Une vie où l’on dispute autour de « La Chinoise » de Godard, cite René Char et chante des chansons de Barbara. Une vie où se greffent d’autres vies, d’autres destinées, d’autres hasards, d’autres histoires, des simples et des compliquées et à travers lesquelles, enlaçant l’intime et le politique, l’auteur dessine à traits vifs le portrait de toute une époque.

Sous la direction d’Armel Roussel, les comédiens échangent leurs rôles, passent d’un personnage à l’autre comme on change de focale. Singuliers et pluriels « rigolards et tristes sur le ring du temps, inquiets de demain, insatisfaits d’aujourd’hui » tous, flamboyants passeurs et interprètes d’une partition grave et gaie où les inquiétantes réalités du présent sont mises en échos des utopies d’hier.

Eddy Merckx a marché sur la lune, de Jean-Marie Piemme. Mise en scène Armel Roussel avec Tom Adjibi, Romain Cinter, Sarah Espour, Sarah Grin, Julien Jaillot, Antonin Jenny, Pierre-Alexandre Lampert, Vincent Minne, Nathalie Rozanes, Sophie Sénécaut, Aymeric Trionfo - durée 1h45

Théâtre Paris-Villette jusqu’au 2 décembre tel 01 40 03 72 23
résa theatre-paris-villette.fr
En tournée  : du 5 au 16 décembre Bruxelles (Théâtre Les Tanneurs), 15 au 17 mai Thionville ( Nest Théâtre CDN)

Photo © Francophonies en Limousin / Christophe Péan.

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