Charlotte Corday

L’ange au couteau

Charlotte Corday

Bien qu’elle figure en bonne place - ou plutôt en bien mauvaise place - dans l’imagerie d’Epinal de la révolution française, Charlotte Corday reste une inconnue, tout au moins une énigme. C’est donc a priori une bonne idée d’essayer de lever le voile sur ce que fut et sur ce qui a animé cette jeune femme qui, ce 10 juillet 1793, a quitté sa bonne ville de Caen pour monter à Paris et là, sans guère d’hésitations, a su se faire introduire auprès du fameux Marat pour l’occire d’un coup de couteau en plein cœur. Jean-Paul Marat, alias « l’ami du peuple », député montagnard tout puissant, figure montante de ce trouble régime de La Terreur, dont les ennemis - tout au moins ceux qu’il n’avait pas encore poussés vers la guillotine - dénonçaient la carrière montante de dictateur sanguinaire. Marat, dont la dépouille fut l’objet d’un rituel morbide, sous le regard de Parisiens partagés entre la vénération et l’angoisse. Marat, dont l’ascension qui paraissait pourtant irrésistible fut donc brutalement interrompue par la froide volonté d’une jeune femme qui, d’une certaine manière, symbolisait à elle seule bien des paradoxes de l’époque.

Comme poussée par une vision mystique de son destin

C’est en tout cas ce que nous dit Daniel Colas dans la pièce qu’il a consacrée à cette toujours mystérieuse Charlotte Corday et qu’il met en scène, une pièce au sous-titre significatif : « monstre ou ange de la liberté ? ».
Née dans une famille d’aristocrates ruinés, vite révoltée par la lâcheté de son père, Charlotte Corday voulait surtout retenir le souvenir de son arrière grand-père, le très illustre Pierre Corneille. Sans renier ses origines et ses références culturelles, songeant même à prononcer ses vœux - ce qui ne lui sera pas possible pour cause de fermeture des couvents -, elle s’affiche cependant républicaine, avec une sincérité qui ne fait pas de doute. Il est vrai qu’elle est surtout sensible aux thèses des Girondins. Ceux-ci ont d’ailleurs conservé une certaine influence dans ce Calvados où elle vit depuis 25 ans. En fait, Daniel Colas dessine un portrait des plus bienveillants de cette jeune vierge qui, exaspérée par l’impuissance et l’attentisme des Girondins, choisit d’agir de la manière la plus expéditive et la plus symbolique qui soit, comme poussée par une vision mystique de son destin qu’elle décide ainsi de sacrifier à une cause finalement assez vague.

Détermination et désintéressement

Surtout, l’auteur analyse la Révolution avec une grille de lecture très contemporaine, nourrie de bons sentiments humanistes, faisant ainsi abstraction du contexte de l’époque et de la présence à nos frontières de la plupart des armées européennes, ce qui était tout de même de nature à inquiéter la République naissante. Cela étant, cette propension de l’auteur à opposer les méchants - les Montagnards, forcément haineux et caricaturaux - aux bons - tel le député Roche, plutôt modéré et qui se prend d’affection pour la meurtrière -, est surtout une manière de mettre en relief la détermination et le désintéressement de Charlotte Corday. De ce point de vue, le propos de Daniel Colas est assez convaincant. Malheureusement, il n’est guère servi par la mise en scène totalement dépourvue d’inspiration et surtout par une direction d’acteurs qui nous ramène aux temps lointains de la déclamation. Ce parti pris est d’autant plus surprenant que les principaux interprètes masculins ne manquent ni de présence, ni de « coffre ».
Quant à Coralie Audret, elle aurait été une Charlotte Corday tout à fait crédible et attachante avec un jeu plus intérieur et plus sensible. En somme, le metteur en scène Daniel Colas n’a pas rendu service à l’auteur Daniel Colas.

Charlotte Corday, monstre ou ange de la liberté ? De et mise en scène : Daniel Colas, assistants à la mise en scène : Julien Haettich, Alexandra Konwinski, bande son : Philippe Latron. Avec : Coralie Audret, Jean-Paul Zennacker, Yvan Varco, Georges Teran, Xavier Lafitte et Julien Haettich. Petit Hébertot. Tél : 01 43 87 23 23.

A propos de l'auteur
Stéphane Bugat

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