A l’Opéra de Paris jusqu’au 31 décembre

Ballets de fêtes à l’Opéra de Paris

Programmes de fêtes très fourni pour le Ballet de l’Opéra avec "Notre-Dame de Paris" à la Bastille et "Contrastes" au Palais Garnier.

Ballets de fêtes à l'Opéra de Paris

Foin des grands classiques avec tutus sur pointes, pour ces fêtes de fin d’année, le ballet de l’Opéra de Paris prend un coup de jeune et un cap résolument moderne. Aussi bien dans la salle du vénérable Palais Garnier, qui présente une trilogie de chorégraphies contemporaines intitulée Contrastes, que dans celle plus vaste et grand public, de la Bastille avec le ballet de Roland Petit Notre Dame de Paris.

Notre-Dame de Paris à la Bastille
Bien que de création relativement récente (1965) le ballet de Roland Petit fait déjà partie des totems du ballet de l’Opéra de Paris, repris régulièrement par la troupe. Il est vrai que tout en restant emblématique des années soixante, avec un côté vintage irrésistible, il a acquis une portée intemporelle, universelle. Cela tient d’abord à la chorégraphie qui relève aussi bien de la comédie musicale que de la danse néo-classique ponctuée de duos et trios virtuoses. Divisé en deux actes et treize tableaux, le spectacle progresse avec fluidité de la comédie à la tragédie, du grotesque au sublime.

Cette réussite tient aussi au talent de dramaturge de Roland Petit qui signe également le livret. Le chorégraphe a tiré la substantifique moelle du roman foisonnant de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris 1482, publié en 1831, roman historique et grande fresque populaire débordant de couleur locale. De la foule de personnages qui peuplent le roman situé à la fin du Moyen âge, il n’en a retenu que quatre autour desquels se noue l’intrigue. Au centre, trône la bohémienne Esmeralda dont la danse conquiert tous les cœurs mais n’en dégage pas moins un parfum de sorcellerie qui excite le peuple contre elle.

Un trio d’hommes gravite autour de cette figure de femme fatale : l’archidiacre de la cathédrale, Frollo, image de la perversion combattant en vain son désir pour la danseuse ; le sonneur de cloches Quasimodo, bossu fruste au grand cœur ; et le capitaine d’une compagnie d’archers, Phoebus, qui tire Esmeralda des griffes de la foule déchaînée. Plus qu’un cadre pour l’action, la cathédrale est un refuge maternel, une allégorie de miséricorde abritant la tragédie qui avance vers la mise à mort de la bohémienne, et celle de Frollo et de Phoebus.

Cette cathédrale, le scénographe et cinéaste René Allio la représente de manière très stylisée avec en fond de scène de grands tableaux traversés de lignes qui suffisent à évoquer les formes de l’architecture gothique. Autre stylisation, celle opérée par Yves Saint Laurent qui a conçu des costumes très griffés aux lignes géométriques, colorés comme les vitraux d’une cathédrale. Loin des fanfreluches associées d’habitude à la bohémienne aguicheuse, le costume que le grand couturier lui a destiné répond à la même sobriété que celui des autres. Mais les grandes démonstrations de foule donnent lieu à un déploiement de draperies et de coiffes fastueuses.

Participe aussi de la réussite, la musique composée par Maurice Jarre, qui sans renier les grands compositeurs qui l’ont inspiré (Debussy, Stravinsky, Messiaen) s’apparente à de la musique de film, accompagnant par ses couleurs la progression du drame. Cette musique est jouée en live avec l’Orchestre de l’Opéra de Paris dans la fosse, dirigé par le chef Jean-François Verdier.

Bien sûr le spectacle repose sur des interprètes non seulement performants sur le plan de la danse mais aussi sur celui de l’expressivité. La distribution est appelée à changer au fil des représentations qui s’étagent jusqu’au 31 décembre. Celle que nous avons vue au soir de la première, le samedi 6 décembre, est dominée par le danseur étoile Hugo Marchand qui campe un Quasimodo absolument bouleversant, dans son duo avec Esmeralda il se transfigure littéralement et de monstre difforme devient un être plein de grâce et de candeur. Celle-ci nous a semblé un peu terne et anguleuse sous les traits d’Amandine Albisson. Très expressif, en revanche, Pablo Legasa campe un Frollo tortueux à souhait, incapable de réprimer ses pulsions. Quant à Antonio Conforti, il incarne un Phoebus bellâtre sans autre éclat que celui de faire-valoir les autres danseurs. Et puis, il y aussi l‘ensemble de la troupe qui forme comme un chœur bondissant dans les grands ensembles formidablement réglés qui émaillent le récit.

Contrastes au Palais Garnier
Sous le terme générique de Contrastes le Palais Garnier présente quatre Ballets qui offrent un panorama de la création chorégraphique depuis le début le début du XXIème siècle. D’une durée d’environ 30 minutes chacune, ces pièces sont accompagnées de musiques modernes enregistrées avec une grande variété de formes y compris dans la scénographie et les décors. La troupe de L’Opéra de Paris épate par sa perméabilité et sa faculté à s’adapter à des styles aussi différents avec une virtuosité sans faille.

La soirée débute par deux pièces de la chorégraphe américaines Trisha Brown (1936-2017) la grande prêtresse de la « post-modern dance », créatrice d’un mouvement minimaliste qui regroupe également peintres et musiciens, visant un art total qui inclut la musique, la poésie, les arts plastiques et la danse.

La première de ces pièces, créé en 2004 pour le Ballet de l’Opéra de Paris, O złożony / O composite est un trio (deux garçons, une fille) et associe un texte du grand poète Polonais Czeslaw Milosz, Ode à un Oiseau , dit par une petite fille, à un musique composée par Laurie Anderson. Sur fond de ciel étoilé, et dans la stridulation des grillons, la chorégraphie, très poétique donne corps à une sorte d’utopie fusionnelle dansée.

Beaucoup plus épurée, If you couldn’t see me, qui lui succède, et entre au répertoire du Ballet de l’Opéra, est un solo dansé dos au public par un seul danseur (qui peut être aussi bien une danseuse) en défiant les conventions de la danse contemporaine. Dans un costume, sur une musique et des décors de Robert Rauschenberg, la pièce courte (10 minutes) se montre exigeante dans sa stylisation, radicale dans son expression.

Intitulé Anima Animus, le troisième ballet est signé du chorégraphe britannique David Dawson (né en 1972) et entre au répertoire de l’Opéra. Il explore le masculin et le féminin en jouant sur le concept du psychanalyste Carl Jung d’animus (l’aspect masculin de la psyché féminine) et d’anima (l’aspect féminin de la psyché masculine). Dans des costumes en noir et blanc très graphiques, la pièce du chorégraphe qui se réclame de la danse classique, notamment de Balanchine, joue sur la dichotomie entre complexité technique et poésie lyrique, déroule avec fluidité ses ensembles, duos et trios, sur une musique ensorcelante d’Ezio Bosso. Très véloce, la troupe de l’Opéra de Paris fait preuve d’une virtuosité époustouflante. Sans doute le meilleur moment de la soirée.

Dernière pièce au programme, Drift Wood des frères et sœurs néerlandais Opstal, Imre (le cadet né en 1990) et Marne (née un an plus tôt), originaires des Pays-Bas, qui entrent à l’Opéra de Paris avec cette première création, laquelle évoque la danse-théâtre de Pina Bausch. La scénographie constituée de très grands tableaux de paysages évoque la beauté de la nature et l’éphémère de la vie. La pièce tient son titre, Drift Wood, le bois flottant porté par des courants invisibles, qui représente aussi bien la résilience, l’adaptabilité que le lâcher-prise, l’abandon. Portés par des évènements qui les dépassent les danseurs se forment et se déforment, évoluent en duos et grands ensembles. Assez énigmatique pour ne pas dire hermétique, le ballet qui manque d’expressivité laisse peu de place à l’émotion.

Notre-Dame de Paris à l’Opéra Bastille et Contrastes au Palais Garnier, jusqu’au 31 décembre, www.operadeparis.fr
Avec les Étoiles, les Premières Danseuses, les Premiers Danseurs, et le Corps de Ballet de l’Opéra de Paris

Notre-Dame de Paris
Chorégraphie et mise en scène : Roland Petit. Musique : Maurice Jarre. Décors : René Allio. Costumes : Yves Saint Laurent. Lumières : Jean-Michel Désiré
Direction musicale : Jean-François Verdier avec l’Orchestre de l’Opéra national de Paris

Contrastes
O Złożony ⁄ O Composite
Chorégraphie : Trisha Brown. Musique : Laurie Anderson. Décors : Vija Celmins. Lumières : Jennifer Tipton. Costumes : Elizabeth Cannon
If You Couldn’t See Me
Chorégraphie : Trisha Brown. Musique, décors et costumes : Robert Rauschenberg. Lumières : Jo Levasseur
Anima Animus
Chorégraphie : David Dawson. Musique : Ezio Bosso. Décors : John Otto. Costumes : Yumiko Takeshima. Lumières : James F. Ingalls
Drift Wood.
Création, chorégraphie : Imre Et Marne Van Opstal. Musique : Amos Ben-Tal. Création sonore : Salvador Breed. Décors : Imre et Marne van Opstal, Tom Visser. Costumes : ALAINPAUL. Lumières : Tom Visser
Photos : Julien Benhamou, Benoite Fanton

A propos de l'auteur
Noël Tinazzi
Noël Tinazzi

Après des études classiques de lettres (hypokhâgne et khâgne, licence) en ma bonne ville natale de Nancy, j’ai bifurqué vers le journalisme. Non sans avoir pris goût au spectacle vivant au Festival du théâtre universitaire, aux grandes heures de...

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