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Critiques / Théâtre

Sur un air de tango

par Stéphane Bugat

Père indigne

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Rentrée théâtrale oblige, il faut savoir choisir son premier spectacle avec discernement. Une mauvaise soirée peut suffire à décourager durablement le spectateur encore réticent à l’idée de s’enfermer entre quatre murs alors que la météo, elle, reste obstinément estivale. Certes, les premières productions proposées sont le fait du théâtre privé et ont généralement le bon goût de s’en tenir à une légèreté joyeuse et de bon aloi. Ce qui ne garantit pas pour autant la qualité. Pour ceux qui hésiteraient encore, voici donc un bon conseil : choisissez le Théâtre de Poche Montparnasse. Dirigé depuis belle lurette par la famille Bierry au grand complet - une famille de théâtre dans la meilleure tradition - cet établissement qui se consacre presque exclusivement au répertoire contemporain a su tracer un sillon à nul autre pareil et réserve à son public une atmosphère des plus chaleureuses. On n’est pas toujours enthousiasmé par ce que nous propose le Poche, mais on n’est jamais déçu. Preuve, sa première production de la saison, qui est à classer parmi les bons crus.

Pudeur et émotion

Sur un air de tango est une pièce d’Isabelle de Toledo qui s’attarde non sans délicatesse sur un sujet maintes fois traité : les relations père/fils. En renversant les rôles puisque cette fois le fils, la quarantaine fatiguée, qui dirige un restaurant dans une petite ville de bord de mer, est un bosseur acharné alors que le père, tout au souvenir de sa défunte épouse qu’il n’a cessé d’aimer, vit pleinement et ludiquement une vieillesse qu’il se refuse à accepter comme telle, au point de se consacrer au réapprentissage du tango. Or, les efforts du fils ne font que l’isoler davantage de sa femme, Lisa, qui décide de le quitter, alors que la désinvolture du père lui vaut toutes les indulgences.
Isabelle de Toledo accompagne ses personnages avec ce qu’il faut de pudeur et d’émotion. Il est vrai qu’elle est ici servie par des comédiens épatants.

Olivier Marchal, une impeccable maîtrise

Rien d’étonnant s’agissant d’Etienne Bierry qui rayonne avec son personnage de grand père profiteur, facétieux et pourtant si attachant. Mais la bonne idée de cette production, c’est d’avoir confié le rôle du fils à Olivier Marchal. En l’occurrence, il sort délibérément des personnages de flics ombrageux qui ont beaucoup contribué à sa notoriété d’ancien flic devenu acteur de téléfilms et de cinéma (il a lui-même réalisé deux polars). Et il montre à la perfection l’opiniâtreté et le désarroi de son personnage. Ce qui est d’autant plus délicat que son jeu est vigoureux, extérieur, ce qui revient à prendre le risque d’en faire trop, sauf à faire preuve, comme il y parvient, d’une impeccable maîtrise. A noter que même si son rôle est mineur, Lisa Schuster sait, par petites touches intelligemment discrètes, faire exister son personnage de Lisa face à ses deux partenaires d’envergure.
Sur un air de tango, dont Annick Blancheteau et Jean Mourière cosignent la mise en scène, est vraiment une bonne occasion de retrouver le désir de théâtre.

Sur un air de tango, d’Isabelle de Toledo, mise en scène d’Annick Blancheteau et Jean Mourière, décors de Jacques Voizot, costumes : Mine Barral-Vergez, lumières : Stéphane Balny, son : Julien Dauplais, avec Etienne Bierry, Olivier Marchal et Lisa Schuster. Théâtre de Poche Montparnasse. Tél : 01 45 48 92 97.

Photo LOT

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