Du 4 au 23 juillet 2026, Festival Avignon Off, au Théâtre du Train Bleu, Jardin de l’Ancien Carmel, à 19h40, relâches les 10 et 17 juillet, Avignon.

Molière et ses masques, texte et mise en scène de Simon Falguières (éditions Actes Sud-Papiers).

Un Molière en liberté.

 Molière et ses masques, texte et mise en scène de Simon Falguières (éditions Actes Sud-Papiers).

Spectacle itinérant conçu par la compagnie le K qui a fait d’une ancienne filature située dans l’Orne et baptisée le Moulin de l’Hydre son lieu de création, Molière et ses masques est entré pour la première fois en salle aux Plateaux Sauvages. Sans grand espace naturel, sans l’ambiance conviviale des spectacles en plein air, c’est un défi pour un spectacle de tréteaux qui s’appuie sur un jeu bariolé, comme le manteau d’Arlequin. Or, dans le Jardin de l’Ancien Carmel au Train Bleu à Avignon (Festival Avignon Off), il trouve largement ses aises et sa vocation d’ouverture au monde.

Simon Falguières comme Boulgakov en son temps a imaginé son Molière en jouant sur quelques moments de sa vie d’artiste : la rencontre avec Madeleine Béjart, la création de L’Etourdi, le mauvais choix du Nicomède de Corneille pour ses débuts devant le Roi, les grandes pièces accompagnées de cabales, L’Ecole de Femmes et surtout le Tartuffe, le génie créatif déclinant et la dépression qui l’accompagne jusqu’à sa mort en scène.

Pour briser les conventions et donner au créateur une sorte de nature hors des contingences historiques et sociales, Molière est une femme. Anne Duverneuil, les cheveux libres, en jean et polo, est elle-même.

La troupe qui l’entoure, au contraire, sur-joue les bateleurs avec guitare, emphase, masques et costumes. Le dramaturge est ainsi mis sur le devant de la scène en miroir de ces derniers, sa force réside dans sa créativité, son honnêteté foncière, et son parti-pris de naturel. D’une certaine façon, l’actrice incarne l’esprit de Molière pour qui a fait de l’émotion pure et spontanée le fondement de l’art, de sa morale et sans doute de sa vie. On peut jouer Molière sans effets, le lire simplement, son verbe qui pourfend les hypocrites et les faiseurs reste aussi fort.

La pièce aborde la relation avec les puissants, montrant un artiste certes dépendant de ses protecteurs et financeurs mais acharné à défendre sa liberté de création. La question du mécénat n‘est pas sans rappeler les idées développées par Michel Serres dans Le Tiers-instruit, qui, coïncidence, prend Arlequin comme modèle d’une pensée libre ouverte.

Cette réflexion sur les conditions et la liberté de création s’inscrivent dans un théâtre de tréteaux, une estrade sommaire et un rideau où la troupe joue des morceaux de L’Etourdi ou Nicomède dans des costumes voyants et le visage couvert par des masques sommaires (un bas clair troué sur le haut du visage), inspiré de la commedia dell’arte. 

Un Mascarille brillant et virevoltant (Victoire Goupil) entraine ses collègues qui multiplient les rôles en gardant souvent les mêmes costumes, précarité du théâtre. Les scènes théâtrales s’enchevêtrent, avec des incursions dans l’Histoire et la politique. Le Prince de Conti se change en Lélie (Louis de Villers), le duc d’Orléans en Léandre (Antonin Chalon), Anne d’Autriche en Arsinoé (Manon Rey,) Louis XIV en Anselme (Charly Fournier). Musique et chants autant que cabrioles, entrées et sorties incessantes, clins d’œil et lazzis.

Simon Falguières et sa troupe invente un baroque assemblage entre théâtre réflexif engagé et divertissement. Intelligent autant que réjouissant !

Molière et ses masques, texte et mise en scène de Simon Falguières (éditions Actes Sud-Papiers), construction des tréteaux Le Moulin de l’Hydre– Alice Delarue et Léandre Gans, musique Simon Falguières, Manon Rey, Antonin Chalon, Charly Fournier, costumes Lucie Charvet, lumière Léandre Gans avec Antonin Chalon, Louis de Villers, Anne Duverneuil, Charly Fournier, Victoire Goupil, Manon Rey. Du 4 au 23 juillet 2026, Festival Avignon Off, au Théâtre du Train Bleu, Jardin de l’ancien Carmel, à 19h40, relâches les 10 et 17 juillet, Avignon.

Crédit photo : Pauline Le Goff.

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Louis Juzot

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