Du 4 au 25 juillet 2026, Festival Avignon Off, à 15h50, relâches les 9,16 et 23 juillet, au Théâtre des Lucioles, Avignon.
Le jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, mise en scène Frédéric Cherboeuf.
Un Marivaux tonique.

Un classique très souvent joué, étudié au lycée, qui reste une référence absolue dans l’art du dialogue et du jeu avec les mots et les sentiments. Alors pourquoi aller voir ce Marivaux, en dehors d’une prescription professorale pour un classique référentiel ?
Et bien parce qu’il est bien vivant, inspiré par le Théâtre des Italiens, issu de la commedia del arte, celui-là même qui s’empara de la pièce de Marivaux à sa création. Même si la seule référence explicite est celle d’Arlequin, tout concourt dans la pièce à rappeler son monde originel : le jeu de masque qui est contenu dans l’intrigue même, les lazzis au public qui même codifiés brillent de naturel, l’intrigue et la tchatche infatigable des protagonistes, quels qu’ils soient. Et puis sur le fond, le caractère rebelle, ouvertement provoquant et moral au sens philosophique : des valets qui réclament justice et respect, des femmes qui s’opposent au patriarcat.
Le théâtre italien est aussi un théâtre de tréteaux cousin du cirque, de la fête foraine, des flonflons, des bals populaires et des ampoules de couleurs chatoyantes dans la nuit.
Frédéric Cherboeuf a dans l’une des petites salles du Lucernaire réussi à suggérer cette ode à la liberté emportée par une ambiance chaleureuse et des comédiens décomplexés. Les ampoules sont là accrochées sur des fils convergents au dessus de la scène surplombant une petite estrade entourée de meubles faits de palettes et de chaises sorties d’une brocante. Un bar en caillebotis et des flacons de toutes les couleurs. Boire il le faut, cela fait partie du jeu, du plaisir, et désinhibe les comportements.
L’intrigue archi-connue est simple : les maîtres prennent la place des valets et vice et versa, et ce à l’insu de chacun d’entre eux, chacun croyant tromper l’autre. Ainsi Silvia prend la salopette de Lisette qui prend une robe bouffante et satinée. Dorante prend la tenue ouvrière d’Arlequin qui lui se pare d’un costume d’un rouge vif et brillant et d’un jabot à faire pâlir une autruche. Les costumes sont outrés pour bien montrer ce jeu sur les conventions et l’image que chacun se fait de l’autre, ou comment se distinguer ou être disqualifié, démonstratif, comme une analyse de Bourdieu avec le rire en prime.
Orgon, le père de Silvia, en officier d’apparat et son frère Mario en Lou Reed trash et défoncé regardent, un tantinet sadiques et malicieux, les jeunes gens se perdre dans leur identité et leurs sentiments.
Un choix judicieux de tubes, des Indes Galantes à Janis Joplin, accompagnent les acteurs dans leurs frasques, sur-lignant la pétulance ou l’intensité langoureuse des dialogues, la vélocité des poursuites amoureuses ou les culbutes maîtrisées dans un petit espace encombré. Le spectateur jubile, proche de la scène, comme aux temps des Italiens.
On l’a compris, c’est fort bien fait, fort bien orchestré et joué. Le collectif L’émeute avec Adib Cheikhi (Dorante), Matthieu Gambier et Frédéric Cherboeuf (Orgon en alternance), Jérémie Guilain (Mario), Lucile Jehel ( Silvia), Dennis Mader (Arlequin), Justine Teulié et Camille Blouet (Lisette en alternance) ne manque ni de talent, ni de pêche. Bravissimo
Le jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, mise en scène Frédéric Cherboeuf assisté d’Antoine Legras, avec Adib Cheikhi, Matthieu Gambier, Frédéric Cherboeuf, Jérémie Guilain, Lucile Jehel, Dennis Mader, Justine Teulié, Camille Blouet. Du 4 au 25 juillet 2026, Festival Avignon Off, à 15h50, relâches les 9,16 et 23 juillet, au Théâtre des Lucioles, Avignon.
Crédit photo : Mathilde Caelicia.



