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Critiques / Théâtre

La Révolte

par Stéphane Bugat

Les charmes mesquins de la bourgeoisie

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Voilà une caricature de banquier, mesquin et cynique à souhait ! Son étroitesse d’esprit n’a d’égal que son appât au gain. C’est lui, ce sombre et triste Félix, qu’Elisabeth a épousé. On suppose que ce mariage est davantage le fruit d’un arrangement social que d’une attirance quelconque. Toujours est-il que la douce et transparente jeune femme a accepté sans broncher son rôle ingrat de mère au foyer et d’assistante zélée, complice passive des petites magouilles de son seigneur et maître. Mais ce soir, la toile se déchire. Elle a décidé de prendre ses clics et ses claques. Ce qu’elle a d’ailleurs préparé de longue date. Formée à bonne école, elle a gagné assez d’argent à la bourse pour acheter sa liberté, y compris en remboursant au centime près ce que Félix pourrait estimer avoir investi dans leur vie commune. Pour prendre le large, elle est même prête à abandonner sa fille chez laquelle elle retrouve déjà tant des manières détestées de l’influent géniteur.

Une violence acerbe et froide

Cette révolte enfin assumée, Félix n’y croit pas un seul instant. Et les reproches qui lui sont adressés sans un haussement de voix - ce qui les rend d’autant plus justes, donc cruels - il ne les comprend pas. Fadaises et caprices, conformes à la futilité féminine ! Ce n’est que lorsque Elisabeth claque effectivement la porte, que le poids de son infortune s’abat sur lui.
Jean-Marie Villégier et Jonathan Duverger, qui ont choisi de mettre en scène ce texte de Villiers de l’Isle-Adam (1838-1889), y voient l’œuvre d’un précurseur d’Ibsen. En tout cas, ce huis clos est un regard d’une violence acerbe et froide sur une bourgeoisie perclus de convenances et qui n’a d’autre raison de vivre que l’argent. Le sujet n’a certes rien perdu de son actualité, même si on voudrait espérer qu’il en soit autrement pour son corollaire, la misogynie.

Une distance méthodique, une lenteur attentive

Le principal mérite des co-metteurs en scène, outre le choix des deux interprètes, consiste surtout à les avoir dirigés avec une sorte de distance méthodique et de lenteur attentive qui donnent un relief singulier à la férocité de la situation et des répliques, d’une terrible sècheresse. Ce qui appelle une interprétation volontairement dépourvue d’effets mais pas de profondeur, exercice dans lequel excellent Sandrine Bonjean et Emmanuel Guillon.
Bien entendu, Elisabeth n’ira pas jusqu’au bout de son aspiration à une autre vie, plus sereine, plus humaine. Au petit matin, son retour au bercail confortera évidemment l’ineffable Félix dans ses convictions. Il pourra reprendre tranquillement ses sordides et rémunératrices petites affaires. Il est heureux que la morale triomphe !

La Révolte, de Villiers de l’Isle-Adam, mise en scène : Jean-Marie Villégier et Jonathan Duverger ; avec : Sandrine Bonjean et Emmanuel Guillon ; décors : Jean-Marie Abplanalp ; costumes : Patrice Cauchetier ; lumières : Patrick Méeüs. Athénée Théâtre Louis-Jouvet, jusqu’au 11 février. Tél : 01 53 05 19 19.

Crédit photo : Olivier Derozière

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