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Critiques / Théâtre

Le Bourgeois Gentilhomme

par Stéphane Bugat

Molière anti-people

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Jean-Marie Bigard est, sans conteste, un des grands noms du one man show à la française. Pour en faire la démonstration, il a même rempli le Stade de France. Rien d’étonnant à ce qu’il ait plateau ouvert dans les émissions de prime time des grandes chaînes de télévision, où ses remarques franchouillardes mais jamais vraiment méchantes font mouche. Notre gaillard, qui sait aussi profiter de sa notoriété pour aider les débutants qu’il juge prometteurs, s’est avisé qu’il pouvait maintenant nourrir de nouvelles ambitions artistiques. Ayant entendu parler d’un certain Molière - un nom qui sent le pseudo à plein nez - il a jeté son dévolu sur une de ses œuvres dont la caractéristique est de mêler aux scènes de théâtre, quelques ballets et autres séquences musicales composées par Lully.

Dans un bain très XXIe siècle

Le Bourgeois Gentilhomme est une comédie-ballet qui raconte comment Monsieur Jourdain, un commerçant prospère, est la victime complaisante d’aigrefins qui profitent de son désir aveugle de devenir une « personne de qualité ». Un personnage dont la maladresse et la bonhomie ont sans nul doute inspiré le toujours jovial Bigard. Pour quel résultat ? C’est la question que se pose le spectateur perclus de préjugés qui, il faut bien le reconnaître, prend le chemin du Théâtre de Paris en marche arrière. A tort. Car cette fois encore, les préjugés sont mauvais conseilleurs. Ce Bourgeois Gentilhomme est une réussite aussi complète qu’inattendue. D’abord, parce que Bigard n’a pas oublié la règle numéro 1 : savoir bien s’entourer. Il a donc appelé à la rescousse une comédienne incontestable, Catherine Arditi, un metteur en scène parmi les parmi les plus inventifs, Alain Sachs, et une brochette de jeunes comédiens/danseurs/musiciens, dont l’énergie et la polyvalence forcent le respect. Molière est donc ici plongé dans un bain très XXIe siècle pour le décor, les costumes, les chorégraphies, etc. Lully à la mode hip-hop, ça décoiffe !

Une manière de revisiter la pièce

Mais on a pris soin de respecter scrupuleusement le texte. Il n’y a donc pas une véritable tentative de transposition mais plutôt une manière de revisiter la pièce - ce qu’ Alain Sachs qualifie justement de « clin d’œil » - en la truffant de références métaphoriques qui parlent directement au public tout en apportant au texte un nouveau rythme, presque une nouvelle dimension. Quand Monsieur Jourdain parle de la noblesse, cette caste des « gens de qualité » à laquelle il rêve d’appartenir, on entend jet set. Voilà comment Le Bourgeois Gentilhomme devient une percutante satyre de notre société du « people » où règne le faux semblant médiatique, mais qui n’est qu’une nouvelle version d’un mal éternel que raconte si bien Molière. Du coup, l’affrontement entre le bon sens de la toujours lucide Madame Jourdain, délicieuse mais opiniâtre Catherine Arditi, et les vibrionnants parasites associés qui pillent son dupe de mari, s’impose comme un des ressorts clés de la pièce. Et comme tout cela est inspiré par un humanisme de bon aloi, l’ultime supercherie dont est victime notre bourgeois est pour la bonne cause, puisqu’elle rend possible le mariage de sa fille avec son loyal soupirant.

Pas un instant de répit

Ce bel ouvrage, à l’instar des costumes éblouissants de fantaisie, n’aurait sans doute pas été possible sans la maestria d’Alain Sachs. Sa mise en scène est parfaite, fourmille d’idées et surtout ne s’accorde pas un instant de répit. Rien n’est négligé et, de manière assez cinématographique, il se passe tant de choses sur le plateau que l’on peut capter chaque scène de manière différente. Quant à Jean-Marie Bigard, son principal mérite est d’être au centre du jeu tout en cherchant constamment à valoriser ses partenaires. Alors qu’il aurait pu se laisser aller au cabotinage, il met plutôt en exergue la fragilité de son personnage. Ce Monsieur Jourdain-là a une humanité à laquelle on n’est guère habitué et qui lui va bien. La force comique de Bigard n’en est nullement altérée, bien au contraire. On lui trouve même parfois des accents à la De Funès, sans les excès bien connus du comique de légende. Si ce spectacle plus qu’estimable devient le succès public de l’année, ce ne sera pas surprenant et ce sera surtout justifié.

Le Bourgeois Gentilhomme, comédie-ballet de Molière, musique de Lully, mise en scène Alain Sachs, direction artistique Agnès Boury, direction musicale Patrice Peyrieras, décor Guy-Claud François, costumes Pascale Bordet, chorégraphie Patricia Delon, lumières Philippe Quiller. Avec Jean-Marie Bigard, Catherine Arditi, Grégori Baquet, Charles Ardillon, Nadège Beausson-Diagne, François Camus, Claire Pataut, François Berdeaux, Nicolas Guillot, Mathilde Hennekinne, Patrick Rombi, Cédric Tuffier, Steve Vartoch. Danseurs : Leslie Dzierla, Cathy Ematchoua, Khalid Ghajji, Carl Maillard. Musiciens : Cécile Girard ou Véronique Tat, Sylvaine Helary ou Eve Risser, Lionel Turchi. Théâtre de Paris. Tél : 01 48 74 25 37.

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