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Critiques / Festival

Sous le signe de De Filippo et de Kantor

par Gilles Costaz

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En quelques années, le Napoli Teatro Festival Italia a pris une place importante dans le chœur des grandes manifestations européennes. Ce n’est pas Avignon, Recklinghausen (dans la Ruhr) ou Edimbourg. Mais son directeur, Luca di Fusco, met la barre haut en faisant venir de grandes équipes du monde entier et en les confrontant à des troupes locales. Lui-même est aussi metteur en scène, et il a choisi, cette année, de monter Antoine et Cléopâtre de Shakespeare, dans une sorte de confrontation avec Andrjev Konchalovski venant, de son côté, faire sa première mise en scène en italien. Il y avait d’autres ténors, tels Peter Brook présentant Le Dépeupleur de Beckett ou, pour conclure le cycle de représentations, Peter Sellars transposant Desdemona de Toni Morrsion et Jean-Louis Martinelli proposant ce dernier week-end une pièce qu’il a écrite lui-même, Une nuit à la présidence, sur la politique du Burkina Faso. En outre, c’était le chorégraphe José Montalvo qui donnait le signal du départ avec son Don Quichotte du Trocadéro !

Il se trouve que notre passage à Naples n’a pas correspondu aux dates de ces grands spectacles mais nous a surtout permis de voir des réalisations italiennes et de mesurer combien l’un des objectifs du festivals, qui est d’utiliser parfois de grands lieux non théâtraux est heureusement atteint. Le Musée national des transports ferroviaires de Pietrarsa est un endroit tout à fait étonnant, habité par des dizaines d’énormes locomotives dormant parfois depuis plus d’un siècle ! C’est en plus au bord même de la baie de Naples. Nous y avons vu notamment une très bonne pièce sur des joueurs d’échecs, Le Jeu des rois de Luca Viganò, mise en scène par Marco Sciaccaluga : des joueurs d’échecs au plus haut niveau, puisqu’il s’agissait des champions, le Cubain Capablanca et le Russe en exil Alekhine, s’affrontant pour le titre suprême entre 1925 et 1940. Ces deux hommes s’estimèrent autant qu’ils se haïrent. Mais Alekhine adopta la cause nazie, trouvant que le national-socialisme correspondait à sa façon de jouer. On souhaite que cette pièce soit traduite en français, et en d’autres langues. Elle est d’une forme très classique, mais passionnante.

A Naples, on n’échappe jamais à Eduardo de Filippo. Sa pièce, Sik-Sik, a fait l’objet d’une interprétation intéressante par Benedetto Casillo. Beau spectacle. Pour la nouveauté, il fallait aller voir La Classe conçue par Nanni Garella. Ce metteur en scène travaille avec des malades mentaux. Il a repris l’idée de La Classe morte de Kantor, ce tourbillon de vieillards brassant leur enfance et leurs souvenirs dans une ronde hallucinée, au son d’une valse lancinante. Et le résultat est tout à fait étonnant, pur et émouvant. Ce fut un autre et beau visage du théâtre italien, provenant non plus de Naples mais de Bologne.

Napoli Teatro Gestival Italia, Naples, Italie. Tél. : +39 081 19 56 03 83. Jusqu’au 23 juin.

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