La mort d’Yves Bourgade

Un grand journaliste de l’école AFP

La mort d'Yves Bourgade

Notre collaborateur et ami Yves Bourgade est mort le 27 juin à Paris, âgé de 83 ans. Né à Nouméa en 1942, fils d’homme politique, il était venu assez rapidement à Paris et n’avait pas fini ses études littéraires à la Sorbonne qu’il collaborait déjà à ce qui sera son ancrage fondamental, l’Agence France-Presse (AFP). Il s’y affirme peu à peu comme un bon connaisseur des domaines à laquelle sa mère l’avait familiarisé et vers lesquels le menait une inclination évidente : le spectacle vivant, la musique, le théâtre, la danse. Il n’allait jamais choisir une seule discipline mais s’intéresser à toutes ses formes en même temps. De jeune chroniqueur il passe au statut de responsable du théâtre, de la musique et de la danse en 1980. Il assume cette direction pendant 27 ans, partant à la retraite en 2007.
Yves Bourgade fut typiquement un journaliste de l’AFP. C’est-à-dire qu’on ne donne pas une information qui n’a pas été sérieusement vérifiée, qu’on cache sa subjectivité sous une analyse précise et sans emphase des spectacles dont on rend compte, qu’on évite les relations amicales et les manœuvres de séduction par lesquelles le milieu artistique tente de circonvenir le journaliste. D’une grande curiosité et d’une malicieuse vivacité il est partout, dans toutes les salles et à tous les concerts, ce qui lui vaut de devenir, de 1993 à 1996, président du Syndicat professionnel du théâtre et de la danse. Il forme, avec le vice-président Frédéric Ferney (alors critique dramatique du Figaro), un tandem efficace qui milite pour la pérennité (bien menacée) de l’exercice critique dans les journaux. Son credo, toujours d’une redoutable actualité, il l’exprime avec douceur et colère. « Ne confondons pas information et promotion, martèle-t-il. Ne suivons pas les modes, les mouvements de pression, la publicité ». C’est dire qu’il était à l’opposé de ce prétendu métier qu’on appelle aujourd’hui « l’influenceur ».
Une fois retiré de l’AFP, il collabora au Figaroscope et, par passion pour la danse, fut l’un des chroniqueurs réguliers de notre médium webtheatre (lui couvrant la danse classique et Noël Tinazzi la danse dite contemporaine). Veste rayée ou pied-de-poule sur les épaules, nœud papillon d’homme du monde sous un visage émacié, il écrivait comme il s’habillait, avec élégance et la nostalgie d’un savoir-vivre qu’il savait appartenir à un monde finissant. Notre ami Christian Wasselin, qui l’a connu à l’AFP, note qu’il avait « une manière assez particulière de porter ses lunettes, toujours un peu bancales », ce qui traduisait sans doute un désir inconscient d’associer la rigueur et un charmant penchant pour la distraction. Son énergie se ressentait dans une diction souvent précipitée et dans sa passion à être presque chaque soir saisi par les mots, la métamorphose des comédiens, le décryptage des partitions par les interprètes, les orchestres et les chanteurs, les trajectoires des danseurs dans l’espace. La maladie de parkinson accabla ses dernières années. Il n’en était pas moins dans les lieux artistiques et empruntait le métro sans trop tenir compte de sa santé. Juré du prix Plaisir du théâtre, il était encore présent aux délibérations de l’édition 2026. Il aura donc aimé la presse – écrite et informatique – et le spectacle jusqu’au dernier moment. Un grand confrère, un grand témoin.

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A propos de l'auteur
Gilles Costaz
Gilles Costaz

Journaliste et auteur de théâtre, longtemps président du Syndicat de la critique, il a collaboré à de nombreux journaux, des « Echos » à « Paris-Match ». Il participe à l’émission de Jérôme Garcin « Le Masque et la Plume » sur France-Inter...

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