Création le 9 octobre 2026 au Cube à Garges-lès-Gonesse, pôle d’innovation culturelle interdisciplinaire et numérique. Le 15 octobre 2026, SN du Sud Aquitain - Théâtre Michel Portal, Bayonne.

DELETE, texte et mise en scène Anne Théron.

Frictions entre les Intelligences Humaines et les Intelligences Artificielles.

DELETE, texte et mise en scène Anne Théron.

DELETE traite d’une expérience d’IAs dans un monde numérique et virtuel contrôlé par ces mêmes IAs. L’auteure et metteuse en scène Anne Théron, exigeante et passionnée, informée sur la question, en phase obligée avec son temps, et prudente face aux dérapages confus de l’IA, promeut une écriture de spectacle pour un nouvel imaginaire qui « radicalise » des choix de narration, tirant vers une fiction déréalisée, un « glissement de terrain » modifiant le paysage, selon le concept de la dimension visuelle et auditive d’une « vie » autre. La science-fiction n’a presque plus rien à voir avec la fiction, et le spectateur est embarqué dans une exploration dystopique.

Le protagoniste masculin Davos (Richard Sammut), photographe, est fait prisonnier depuis la guerre nucléaire qui a achevé de détruire la planète. Une image hante ses nuits : la femme (Marie-Laure Crochant) qu’il aimait, est disparue, il tente d’en retrouver la trace. Et depuis une exoplanète, des intelligences artificielles analysent, copient : elles ont enlevé cette physicienne éco-terroriste et pillé son cerveau, elles y ont déclenché un bug irréparable. Pour restaurer sa mémoire, les IAs convoquent son amant. Tentatives et essais, les souvenirs apparaissent par fragments : corps, gestes retrouvés, train… Fragments instables puis plus nets, émergeant d’un flux de données reconstituant la mémoire : une aventure scénique angoissante et anxiogène.

Avec deux dispositifs techniques : un circuit vidéo élevé sur trois écrans côte à côte, pour la projection des gros plans de reconnaissance faciale des personnages et de décryptage de leurs émotions. Et une IA génératrice d’images en temps réel en fonction du scénario, images projetées par un deuxième vidéo-projecteur sur un écran en fond de plateau : pluie animée de pixels, telle une poignée de vermicelle enfantin de lettres de l’alphabet, dessinant une main, deux mains, un chien, un arbre, un cerf…, souvenirs éblouissants er intermittents de la vie sur Terre. Le public est immergé dans des niveaux de réalité divers, d’autant que les personnages doutent de leur humanité réciproque, ils sont habités de rêves et d’images du passé.

Goût du lointain et fascination pour ce qui est autre et différent, la scène théâtrale immerge la salle dans un monde alternatif, irréel et tangible. Pour décor, un sol volcanique d’après la catastrophe, anéantissement des paysages familiers et reconnaissables dans ce qui est à présent un désert. L’installation plastique est soignée, sol onduleux de sable, surmontée froidement de ces trois écrans inquisiteurs et scrutateurs du visage humain, des émotions retrouvées de la physicienne. Or, peut-on coder l’amour ?

Des images générées en direct se projettent, des voix se transforment. A cour, la musique agit en contrepoint. Une percussionniste déclenche sons et matières, prolonge ou déplace la parole, chante et porte la parole féminine.

Le spectacle est une « matière mouvante, vivante et vibrante » soutenue par la musique : la percussionniste Mathilde Dambricourt chante, lyrique, joue sur des percussions amplifiées et sur des instruments de percussion électronique - sons électroniques et bribes et samples de voix, tel un contrepoint à la parole de l’héroïne. Le jeu est à la fois physique dans la gestuelle - frapper, frotter, agiter... aux amplitudes diverses -, et minimal par la manipulation.

Entre science-fiction et mémoire fragmentée, l’exploration de la confrontation entre intelligences artificielles et humaines, la virtualité et la réalité mêlées. Le spectacle intrigue par son aplomb, son cran, son audace - le rappel de l’urgence des enjeux politiques immédiats, interpellant tous les concernés.

DELETE, texte et mise en scène Anne Théron, collaboration artistique Thomas Resendes, assistante chorégraphique Fanny Avram. Avec les comédiens Marie-Laure Crochant et Richard Sammut et la musicienne Mathilde Dambricourt, percussions et chant, écriture des IAs, images artificielles Antoine Schmitt assisté de Jean-Marc Lanoë, vidéaste, en charge de l’architecture visuelle, création sonore et musicale Samuel Sighicelli assisté de Max Bruckert pour la régie son et le développement des outils informatiques, création lumière Benoît Théron, scénographie et costumes Barbara Kraft, peinture Giammarco Falcone. Création le 9 octobre 2026 au Cube à Garges-lès-Gonesse, pôle d’innovation culturelle interdisciplinaire et numérique. Le 15 octobre 2026, SN du Sud Aquitain - Théâtre Michel Portal, Bayonne. Les 13 et 14 janvier 2027, TAP - Scène nationale de Grand Poitiers. Les 6 et 7 avril 2027, L’Empreinte - Scène nationale Brive-Tulle. Les 11 et 12 mai 2027, La Comète - Scène nationale de Châlons en Champagne. Les 18 et 19 mai 2027, Le Lieu Unique - Nantes.

Crédit photo : Jean-Louis Fernandez

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Véronique Hotte

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