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Critiques / Théâtre

Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès

par Bruno Bouvet

Les promesses d’une jeune metteuse en scène

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Les jeunes spectateurs peuvent-ils concevoir aujourd’hui le scandale que suscita la création de Roberto Zucco en France en 1991, dans une mise en scène de Bruno Boëglin ? Les représentations de la pièce à Chambéry furent interdites : quelques années plus tôt, le meurtrier, dont la folle cavale sanglante a inspiré le texte de Bernard-Marie Koltès, avait tué un policier dans la cité savoyarde. Près de vingt ans plus tard, la dernière pièce de l’auteur messin (mort en 1989 à l’âge de 41 ans) est devenue un classique de la littérature dramatique contemporaine. Et c’est bien ce statut qui fait la force et la faiblesse de la lecture qu’en propose Pauline Bureau. Saluons d’abord l’audace de cette jeune metteuse en scène, sortie en 2004 du Conservatoire national d’art dramatique de Paris. On peut, sans trop de crainte, lui prédire un avenir fort prometteur tant le spectacle impressionne par sa gestion remarquable des espaces. Il s’appuie sur la remarquable scénographie d’Emmanuelle Roy qui parvient brillamment à surmonter les écueils d’une pièce qui se déroule en de multiples lieux. Mention spéciale à la restitution du petit Chicago, avec ses néons criards et ses lumières blafardes, ce quartier de Toulon où pullulent des oiseaux de nuit et des prostituées à talons hauts. Pauline Bureau n’a donc pas craint de s’emparer de ce Roberto Zucco, avec une distribution conséquente de treize comédiens qu’elle dirige avec une grande maîtrise. Elle suit ce meurtrier dans sa dérive, au fil d’une pièce qui ne juge pas mais n’excuse pas. Koltès ne cherche pas d’explication, il nous renvoie l’énigme de l’homme en pleine face.

Zucco a tué ses parents, violé une gamine, assassiné un policier. Pourquoi ? Question sans réponse. Zucco est l’incarnation exacerbée de nos contradictions, de nos pulsions violentes et de notre désir d’amour. Et c’est sans doute là que le spectacle de Pauline Bureau ne va pas suffisamment loin, comme s’il restait prisonnier du récit, comme s’il ne parvenait pas à dépasser sa dimension monumentale, si l’on peut dire. L’extraordinaire scène du parc, au cours de laquelle Roberto Zucco séduit une femme dont il vient de tuer l’enfant, est de celles qui doivent bouleverser au plus profond. Dans la salle, ce soir-là, elle a suscité quelques rires… De même, la poésie et l’humour de Koltès ne sont pas restitués avec suffisamment de précision. D’où la sensation en demi-teinte, d’assister à un spectacle de qualité, parfaitement recommandable, auquel il manque encore un soupçon de liberté pour provoquer l’émotion pure.

Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès. Mise en scène : Pauline Bureau. Scénographie : Emmanuelle Roy. Dramaturgie : Benoite Bureau. Collaboration artistique : Fatima N’doye. Distribution : Yann Burlot, Mikaël Chirinian, Nicolas Chupin, Sonia Floire, Régis Laroche, Marie-Christine Lefort, Gérald Martineau, Lionel Nakache, Marie Nicolle, Aurore Paris, Jean-Claude Sachot, Catherine Vinatier, Alexandre Zeff. Lumières : Jean-Luc Chanonat. Son : Vincent Hulot. Théâtre de la Tempête, Cartoucherie, Route du Champ de manœuvre, Paris 12e. Du mardi au samedi à 20 h 30, jeudi à 19 h 30, dimanche à 16 h. Durée : 2 h 05 Tél : 01 43 28 36 36.

crédit photographique : Antonia Bozzi

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