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Critiques / Festival / Théâtre

Les interrompus de Vincent Ecrepont

par Bruno Bouvet

Après la mort, la vie !

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Pourquoi Vincent Ecrepont choisit-il de porter à la scène des thématiques dont on dit trop facilement qu’elles font peur aux spectateurs ? Sans doute parce que ces sujets résonnent de manière intime chez ce metteur en scène sensible qui a trouvé dans le théâtre une manière incroyablement juste de les exprimer à travers ses propres textes. Avec grâce et légèreté. Il faut donc se garder de tout sentiment d’appréhension qui détournerait de sa nouvelle pièce, « Les interrompus ».

Encore plus que dans La Chambre 100, composée à partir de témoignages de patients atteints d’un cancer, il est question de mort. Mais il est d’abord question de vie ! Celle que l’auteur redonne sur scène à cinq personnages, adolescents, enfants ou nourrissons, disparus prématurément. L’un se nomme Grand-ouvert, l’autre Peut-être, le troisième A-peine, et les derniers, Petit-tout et Tout-autant. Ces êtres, enlevés trop tôt à l’affection de leurs proches, sont universels.

L’émotion qui naît chez de nombreux spectateurs prouve à quel point leur destin brisé fait immanquablement écho à des situations personnelles. Mais dans les larmes qui montent aux yeux, se mêlent aussi bien la joie et le bonheur d’être en vie. Car « Les interrompus » nous invitent tous à demeurer vivants, à ne pas sombrer dans un chagrin mortifère, inutile et vain. « Croyez-moi, dit Tout-Autant, garçon mort-né, si la vie m’avait permis d’être au monde, assurément ce sont les yeux ouverts et les poumons déployés que j’aurais été. Mâcher, goûter et savourer sont des verbes que j’aurais tellement aimé conjuguer. En toute franchise, je peux maintenant vous l’avouer : je ne regrette pas d’être mort, je regrette de ne pas avoir été juste un peu vivant. »

Ces mots touchent d’autant plus au cœur qu’ils sont dit, sans pathos ni affectation, par un quintet de comédiens d’une magnifique justesse. Franchissant le mur translucide qui sépare les morts des vivants, André Antébi, Teddy Bogaert, François Delaive, Maëva Husband et Caroline Sordia font acte de renaissance, dans un spectacle qui tient lieu aussi de la chorégraphie, sous l’effet de la merveilleuse scénographie de Caroline Giret. Evoluant sur des structures métalliques qu’ils déplacent et transforment, ils interprètent une ode à la vie. Touchante, forcément touchante.

BRUNO BOUVET

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Festival Off à Avignon. Théâtre de l’Entrepôt, 1 ter Boulevard Champfleury.

Tous les jours à 15 h 40 jusqu’au 31 juillet. Durée : 1 h.

Réservations : 06 27 11 48 84.

Le texte des « Interrompus » est publié aux Editions de L’Harmattan (10 €)

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