Du 7 au 23 juillet, Festival Avignon Off, Le Totem, à 10h40, relâches les 12 et 19 juillet, Avignon. Dès 9 ans.

Au bout de ma langue, texte Simon Grangeat (Les Solitaires Intempestifs), mise en scène Tal Reuveny.

Deux langues pour se construire.

Au bout de ma langue, texte Simon Grangeat (Les Solitaires Intempestifs), mise en scène Tal Reuveny.

Un spectacle léger dans la forme et fort dans le propos produit par les Tréteaux de France dans le cadre du dispositif 4×4 qui promeut la rencontre entre un lieu, un territoire et un auteur. Léger dans la forme, il peut être joué dans tous les lieux non équipés et s’appuie sur un seul interprète. Fort, il parle de l’intérieur, du ressenti d’un enfant déraciné qui se rebelle face à une culture qui n’est pas sa culture d’origine, à une langue qui n’est pas sa langue maternelle. Un chemin initiatique vers un bilinguisme partagé. 

Le texte de Simon Grangeat fait parler Taym, un jeune franco-syrien qui a fui Damas et la guerre avec sa mère médecin et son père musicien, à l’âge de neuf ans. Taym qui vient de fêter ses dix-huit ans et sa nouvelle nationalité va nous décrire les émotions de son enfance, l’attitude de repliement et d’isolement à l’école, et jusque dans la cellule familiale à son arrivée en France. Il vit cette autre langue comme une agression, comme la cause du traumatisme qu’il a subi. L’enfant marque son opposition par un mutisme délibéré qui désespère ses parents. ll s’acharne sans le dire à conserver en lui l’arabe de ses origines, en enregistrant avec un vieux magnétophone à cassette les conversations de ses parents. Il écoute inlassablement les chants de son père et les histoires que racontait sa grand-mère. Seul un comédien parfaitement bilingue peut mener cet entrelacement entre l’arabe enregistré et le français parlé, les intonations de l’un répondant à l’autre.   

C’est la propre mère de Taym qui provoquera sa libération de la prison qu’il a lui-même construite en lui montrant qu’elle apprend le français, et il finira par comprendre qu’acquérir une nouvelle langue ne veut pas dire oublier la première. Le travail des professeurs et les interactions avec les autres élèves feront le reste. 

La mise en scène de Tal Reveuny permet dans un espace réduit et avec quelques objets de suggérer les situations : deux ventilateurs, deux rouleaux de tissu et les fameuses bandes des cassettes. La régie est à vue comme un élément du spectacle.

La performance d’Oma Salem est à saluer : il réussit à incarner l’obstiné et rebelle Taym sans jamais se départir d’un sourire complice et affectueux : Il laisse entrevoir la détresse de l’enfant comme des parents sans pathos. Sa mobilité, sa dextérité ou sa gaucherie pour manipuler les bandes magnétiques envahissantes ou un carré de tissu imprimé d’un pictogramme, symbolisant un encombrant copain, tire vers le burlesque. Il croque facétieusement ce Gaspar qui veut à tout prix être son copain, aussi bien qu’une mère aimante mais autoritaire par devoir, qu’un père artiste empêché et bougon, tout aussi tendre à sa façon. Il esquisse quelques mouvements de hip-hop, se glisse alertement dans la peau d’un ado sans tomber dans la caricature. Un djinn qui a troqué l’univers des contes pour celui de la banlieue.

La bande-son signée Jonathan Lefèvre-Reich et les chants de Khaled Aljaramani donnent de la couleur à cette performance vive et enjouée qui captive le jeune public. 
Au bout de ma langue, une fable d’aujourd’hui appelée à une belle carrière itinérante !

Au bout de ma langue, texte Simon Grangeat (Les Solitaires Intempestifs), mise en scène Tal Reuveny, scénographie et costume Gani Shifron, musique et création sonore Jonathan Lefèvre-Reich, musique Khaled Aljaramani, voix off Khaled Aljaramani, Soulafa Oueslek Helou, Elisa Poli. Avec Omar Salem. Du 7 au 23 juillet, Festival Avignon Off, Le Totem, à 10h40, relâches les 12 et 19 juillet, Avignon. Dès 9 ans.

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

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Louis Juzot

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