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Critiques / Théâtre

Radieuse Vermine de Philip Ridley

par Gilles Costaz

L’humour anglais à son sommet

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Pauvres classes moyennes, attaquées de toute part ! Ce n’est pas la pièce de Philip Ridley, Radieuse Vermine, qui va les sauver. Elle les place sous une lumière particulièrement critique, mais à travers un humour très spécial, venu de Londres. Quand un auteur anglais décide d’attaquer avec la hache de la dérision british, il peut aller loin. Et Ridley va très loin dans la moquerie et la férocité, tout au long d’une fable irréaliste qui saute pourtant à pieds joints dans la réalité d’aujourd’hui. L’écrivain imagine un jeune couple auquel une démarcheuse propose un appartement dans un quartier encore peu défriché. S’ils acceptent de prendre ce logement affrété par le « Département pour la revitalisation sociale via la création de Maisons de rêve », ils bénéficieront de beaucoup d’avantages. Le couple pense à l’enfant qui va naître et prend cet appartement sans trop se poser de questions sur les facilités qui lui sont faites. Une fois installés, ils se rendent compte qu’ils disposent d’un pouvoir quasi magique. Dès qu’ils souhaitent un aménagement, ils peuvent l’obtenir immédiatement. Il leur suffit de … tuer quelqu’un. Après chaque liquidation d’être humain, la salle de bain ou le salon rêvés se mettent en place d’eux-mêmes. Trouver des gens à faire disparaître n’est pas difficile : le quartier est plein de clochards et de miséreux. Le jeune couple nage dans la plus délicieuse des félicités : un meurtre, et aussitôt le bonheur arrive du ciel !
Cet anti-conte de fées n’emprunte pas les chemins habituels de la satire et, à se contenter de notre résumé, on pourrait craindre que l’invraisemblable d’une telle histoire ne tienne pas la route. Mais Philip Ridley sait écrire une farce terrifiante sans utiliser le moindre effet. L ‘étonnant est que tout cela est déroulé dans l’élégance et le charme, comme si les deux personnages méritaient le bon dieu sans confession. Bien entendu, c’est une parabole sur notre égoïsme et sur notre appétit de confort et d’objets de tous ordres qui nous conduisent à affamer une partie de l’humanité. Mais une morale ou une leçon ne sont jamais exprimées. Il n’y a là que le sourire policé d’un humour cinglant jamais sanglant – l’humour anglais à son sommet. La pièce est mise en scène par l’artiste qui l’a montée à Londres : il dessine la soirée comme un auteur de B.D. met en place deux héros dans un espace blanc. Aucun élément, aucun accessoire. Tout est donné par le texte et les comédiens qui sont à la fois acteurs et narrateurs d’une histoire pour laquelle ils n’hésitent pas à prendre le public à témoin. La mise en scène, d’une impeccable netteté, donne à voir mille choses par le vide, et les interprètes jouent, eux, l’innocence d’êtres irréprochables. Louis Bernard – qui est là aussi comme auteur d’une traduction fidèle et inspirée – campe très finement un jeune loup athlétique façonné par la civilisation de la réussite et de l’irresponsabilité. Joséphine Berry, que l’on connaît peu car elle a surtout joué en Angleterre, est une révélation, tant elle sait être faussement lisse, dans un jeu d’une précision et d’une mobilité remarquables. Tous deux sont en caoutchouc : ils bondissent et se transforment en d’autres personnages un court instant au cours de la pièce, sans sortir de la rigueur qu’exige le deuxième degré de l’auteur. Avec eux, Floriane Andersen assure avec justesse deux rôles discrets. Du beau travail, étonnamment percutant.

Radieuse Vermine de Philip Ridley, version française de Louis Bernard, mise en scène de David Mercatali, assistanat et lumières de Flore Vialet, décor Shawn Soh, costumes de Louise Marchand-Paris, avec Joséphine Berry, Louis Bernard, Floriane Andersen.

Petit Montparnasse, 19 h, tél. : 01 43 22 77 74, jusqu’au 31 décembre. (Durée : 1 h 40). Texte à L’Avant-Scène Théâtre.

Photo Jessica Forde.

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