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Billets d’humeur / Jacky Viallon

Quelques réflexions autour du spectacle "L’Homme inutile ou la conspiration des sentiments.." de Iouri Olecha en passant par Bernard Sobel.

par Jacky Viallon

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Dans un décor qui n’est pas sans nous rappeler, pour les uns, l’école constructiviste, pour d’autres, les puissantes scénographies du Berliner Ensemble ; Bernard Sobel nous « plante » très solidement la pièce d’Iouri Olecha sur le plateau du Théâtre de la Colline. Iouri Olecha est un auteur russe né en 1899 et mort en 1960.

« Vivant à la frontière de deux siècles, » il n’est pas sans être le passeur de tout un éclectisme culturel. Ainsi comme il le dît lui-même dans son essai « Le livre des adieux » traduit et paru en France en 1965 : « Je suis suspendu entre deux mondes ».

Cette expression quelque peu lapidaire pourrait être un des sous-titres de la pièce. On ne peut pas s’empêcher de penser qu’elle détermine plus ou moins inconsciemment « l’Écriture ». Ainsi, cette dernière ce serait transformée en une sorte d’aphorisme récurrent quasiment lié à l’œuvre d’Olecha.

« ….suspendu entre deux mondes… » N’est-ce pas la situation de tout un chacun ? Et par excellence aussi celle du théâtre : La fameuse dualité, les éléments contradictoires…l’incontournable paradoxe, etc.
Mais nous pouvons aussi interpréter cet aphorisme dans le sens du métissage entre différentes cultures. Ainsi, on pourrait entendre : -Partager— entre deux mondes, plutôt que -suspendu- entre deux mondes.

Le théâtre lui aussi est en quelque sorte toujours suspendu entre deux mondes. Le monde de la représentation - le plateau, le réel - et le monde du suggestif - l’imaginaire, l’irréel - .
Par sa longue pratique brechtienne Bernard Sobel connaît bien ces d’alternatives.

Il sait naviguer entre les textes, les « factures » et les écoles diverses. Grand aventurier de la dramaturgie, brassé, lui aussi, par différentes ambitions qui suivent le même vecteur d’intérêt. Et comme tous les grands penseurs à chaque questionnement, il doit de se raccrocher à la branche du réel. Et c’est cette sorte d’alternative qui forme à l’analyse. Certes, chez Sobel sa démarche est certainement une des plus analytiques de notre époque, et c’est l’acuité de cette démarche qui met à jour le mécanisme nous permettant de comprendre pourquoi le personnage en est arrivé là.
C’est bien ce qui nous intéresse dans la recherche dramaturgique actuelle : Le parcours du personnage, action qui prime en détenant toute la valeur synchronique et diachronique du discours théâtral.
Aussi, par rapport à l’alternative diachronie /synchronie : On remarque que les personnages sont dans un énoncé de l’ordre du réel ( Dans le temps présent de la scène).
Ils sont alors renvoyés sur le plateau dans l’étreinte d’une scénographie à la puissance effrontément incontournable dont l’énoncé plastique ne peut-être qu’abstrait. Abstrait parce qu’il évolue ( Hors du temps ) et que le décor, de quelque école qu’il soit, sera toujours de l’ordre du fictif puisque il est nommé sur le plateau pour sa vocation représentative. Il est là uniquement pour représenter, c’est ça dire rompre avec les éléments concrets pour donner à imaginer.

Cette dynamique et cette alternative fonctionnent par le lien et le raccord comédien/scénographie qui se fait par cette géométrie commune, empruntée au constructivisme.

Voilà l’alchimie du théâtre où tout semble se justifier et s’assembler.
Au terme de ces différentes remarques, on assiste à un spectacle excessivement riche, mais faut-il encore être attentif à ses codes
Le théâtre peut, effectivement, saisir le droit d’être dans une réflexion moins attendue, mais rappelons-nous sans vouloir chercher avec arrogance dans notre mémorial brechtien que Brecht disait : « On doit pressentir de façon urgente que le théâtre n’est pas là pour nous rassurer mais bien pour nous avertir » .

Alors, il faut effectivement regarder et écouter les recherches actuelles en sachant résister de temps en temps à l’attirance bien sournoise des facilités dont on nous a savonné la pente. De plus, entrainés par une médiatisation à la voix de sirène contemporaine vous sombrer dans le végétatif et battez retraite devant le Cerbère appelé par vos soins « Kulturel ».
Alors pour s’en débarrasser impunément on le relègue « sans procès ni trompettes » aux rayons « des barbe-rasoir » ou des « intello-chiant » et on lui tourne le dos pour s’enfoncer dans les coussins moelleux des programmes télé-baguenaudés…

….Bref acceptons donc, quand même, qu’une porte temporairement ouverte laisse entrer un théâtre de réflexion et laissons-nous réellement distraire - au sens réel du mot - c’est-à-dire à dire rompre avec certains sujets, concepts ou opinions pour en saisir d’autres afin de les analyser et de les comparer. Bref savoir rester constamment en attitude critique, en situation démonstrative et alternative.

Aussi pour se fédérer n’oublions que nous avons des points de ralliements possibles, nous pensons vous signaler à cet effet deux revues mentor qui nous semble indispensable de consulter :

- « Théâtre Public » fondé par Bernard Sobel, sorte de revue phare qui nous oriente vers les riches découvertes théâtrales tant sur le plan technique qu’artistique.

- Le magazine trimestriel « Cassandre/Horschamp » qui fera au fur et à mesure de la saison un état des lieux très réfléchi des diverses manifestations culturelles en Europe. Cette revue est de plus une sorte de forum où chacun peut y découvrir d’autres ouvertures. Vous serez également informés des différentes rencontres et animations proposées : Débat avec des metteurs en scène, dramaturges, philosophes, essayistes etc…Le tout dans une convivialité intelligente…et encourageante.

Il y a peu de revue aussi attentive au mouvement du monde culturel, elles méritent réellement qu’on en parle et qu’on les soutienne. ( Renseignements et abonnement : Théâtre Public, 01 56 04 15 70 - Cassandre/Horschamp – 01 40 35 00 98

« L’Homme inutile ou la conspiration des sentiments » de Iouri Olecha, mise en scène Bernard Sobel. Théâtre de la Colline jusqu’au 8 octobre 2011
Mercredi au samedi 20 h 30 – Mardi 19 h 30 et Dimanche 15 h 30

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