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Critiques / Théâtre

Push Up

par Stéphane Bugat

Percutant et anticonformiste

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Faire craquer le vernis de l’entreprise - la firme toute puissante, pas la modeste et besogneuse PME - nirvana supposé de la réussite personnelle en ces temps d’économie globalisée. Tel est l’exercice de salubrité publique auquel se livre le jeune auteur allemand Roland Schimmelpfennig avec cette pièce créée à Berlin en novembre 2001, dans une mise en scène de Thomas Ostermeier.
Ils sont des décideurs brillants et performants, dont les réussites semblent spectaculaires. Ils ne craignent pas les affrontements, si cela est nécessaire, pour faire progresser leur carrière. Ils ont de l’ambition, de l’argent et tout ce que cela peut apporter. Et pourtant leur existence part en lambeaux. C’est ce que nous montre Roland Schimmelpfennig, de manière certes quelque peu lapidaire, au gré d’une succession de scènes d’une violence d’autant plus prégnante qu’elle se veut retenue, recouverte d’une couche de savoir vivre.

Un langage sec, incisif et cruel

Voici, par exemple, la toute jeune chef de service face à la propriétaire de la société qui lui refuse une promotion parce qu’elle la soupçonne d’être la maîtresse de son mari, le patron en titre. Voici le bras droit dudit patron et la jeune responsable de la communication qui s’affrontent sur le bien fondé d’une campagne publicitaire, pour ne pas avoir à assumer une fugitive liaison qui risquerait de remettre en cause leur position respective. Voici encore deux cadres, de deux générations, qui se jalousent le poste de responsable de la lointaine filiale en Inde. A chaque fois, l’auteur use d’un langage sec, incisif et cruel, qu’il oppose par moments au désarroi profond de ses personnage. Mais surtout, ne transparaît jamais la moindre dimension collective, ce qui résume l’entreprise à une machine à fabriquer de la futilité et de la haine, point de vue certes discutable mais qui a au moins le mérite de mettre l’accent sur les dérives de notre système économique.

Un spectacle qui ose plonger dans son époque

La mise en scène de Patrice Bigel, s’appuyant sur une esthétique percutante - vaste plateau rouge et nu et recours à de spectaculaires vidéos projetées en fond de scène - et sur un jeu d’acteurs volontairement survolté, accentue encore la froideur et la rudesse du propos. Il ne s’agit pas ici de s’encombrer de nuances mais de saisir le spectateur pour le faire réagir. Le résultat est à la mesure des intentions. On admettra d’autant plus son caractère brutal, à certains égards manichéen, qu’il s’inscrit utilement en contre point de l’habituel image d’Epinal que nous déverse communément le système médiatique. Un spectacle qui ose plonger dans son époque, tout en nous épargnant la dialectique de la bonne conscience, voilà qui mérite d’être souligné et encouragé. Un spectacle qui n’hésite pas à faire tâche dans le pesant et médiocre conformisme dans lequel s’enfonce le théâtre français, voilà qui mérite d’être applaudi. D’autant que ceux qui feront l’effort d’aller à Choisy-le-Roi - en prenant tout de même la précaution de se munir d’un plan - découvriront, par la même occasion, un lieu original et chaleureux. Une ancienne tannerie que Patrice Bigel a astucieusement rénové et à partir duquel il a choisi de mener un travail de conquête du public, au risque de ne pas être souvent éclairé par les sunlight concentrés sur les beaux quartiers de la capitale.

Push up, de Roland Schimmelpfennig, traduction Henri-Alexis Baatsch, mise en scène Patrick Bigel, avec Dorsaf Ben Nasser, Sophie Chauvet, Christophe Chêne, Catherine Gendre, Frédéric Gustaedt, Fabrice Hasovic, Hélène Leroux, Olivier Mansard. Scénographie et lumières Jean-Charles Clair, costumes Myriam Drosne, son, vidéo et lumières Patrice Bigel, régie son Julie Martin, régie générale Thierry La Croix. Usine Hollander, à Choisy-le-Roi, vendredi, samedi et lundi à 20h30, jusqu’au 18 avril, et du 20 au 30 mai. Tél : 01 46 82 19 63.

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