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Critiques / Théâtre

Partage de midi de Paul Claudel

par Bruno Bouvet

La traversée du désir

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Dans un dispositif scénique qui invite au déplacement, du corps comme de l’âme, Antoine Caubet propose avec ce Partage de Midi de Paul Claudel un voyage intense et brûlant au tréfonds des contradictions du désir et de la quête spirituelle. Le metteur en scène utilise avec intelligence les différents espaces du Théâtre de l’Aquarium pour instiller une atmosphère particulière à chacun des trois actes du drame, joué ici dans sa version de 1905. Dans le grand hall du théâtre, où les spectateurs prennent place où bon leur semble sur de petites chaises, rien n’indique véritablement l’environnement maritime et pourtant nous voilà déjà sur le paquebot, en prise directe avec les quatre personnages : Ysé, la seule femme, De Ciz, son mari, Amalric, son amant, et Mesa, son amour et tourment. Il n’y a aucun artifice de mise en scène, sinon ces quelques tables alignées pour figurer le pont du navire, en route vers la Chine, et pourtant, quelque chose d’intime et de profond attache déjà aux sentiments violents et à la complexité humaine qui ne vont cesser de se révéler et de s’amplifier.

Le mérite en revient au jeu des comédiens, particulièrement à Pierre Baux et Cécile Chollet, qui développent la puissance expressive et imaginaire du verbe claudélien sans verser dans une inutile emphase. Chétif, presque malingre, le premier est Mesa, traversé par des désirs contraires qu’il porte sur ses traits. Il voulait devenir moine, Dieu l’a refusé. Il s’éprend d’une femme, elle est mariée. Son destin semble lui échapper, comme s’il était le jouet de forces extérieures à lui-même. Car, qui est vraiment cette Ysé, à laquelle Cécile Chollet donne tout son mystère et sa profondeur ? Une manipulatrice faisant souffrir à satiété les hommes captivés par son charme insaisissable ou une femme perdue, incapable de nommer ses désirs ? Dans l’intimité de la petite salle de l’Aquarium, où le public a désormais été convié à se rendre, le deuxième acte semble apporter une réponse. Ysé et Mesa se laissent aller à la passion de leurs corps fiévreux et à la noirceur de leurs intelligences, fomentant une machination contre De Ciz, le mari trahi.

Seulement, la chair peut-elle aller résolument contre l’esprit, interroge Claudel, en écho à un épisode autobiographique qui a inspiré le sublime Partage de midi ? Le magnifique troisième acte, dont la mise en scène d’Antoine Caubet révèle la beauté sépulcrale, laisse libre cours à toutes les suggestions. Pourquoi Ysé s’est-elle liée avec Amalric, l’amoureux de toujours qui a enfin obtenu ce qu’il cherchait ? Funeste choix qui ne peut conduire qu’à la mort en attendant la rédemption qui arrive dans les tout derniers instants… Dans l’immense espace quasi-vide de la grande salle, transformé en un champ de ruines, ces contractions de l’âme étreignent le cœur. Le voyage intérieur de ce Partage de midi se poursuit longtemps après la représentation, dont le feu ne s’éteint pas aussitôt…

Partage de midi de Paul Claudel. Mise en scène : Antoine Caubet. Distribution : Pierre Baux (Mesa) Antoine Caubet (Amlaric), Cécile Cholet (Ysé), Victor de Oliveira (De Ciz). Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie, Route du champ de manœuvre, 75012 Paris. Jusqu’au 25 avril. Du mercredi au vendredi à 20 h 30, le samedi à 16 h et 20 h 30. Le dimanche à 16 h. Durée : 2 h 15. Tél : 01 43 74 99 61, www.theatredelaquarium.net

photographie : Hervé Bellamy

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