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Critiques / Théâtre

Paradise codes inconnus 1

par Stéphane Bugat

Un traquenard

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Ne dîtes pas à ma mère que je suis allé dans une boite de striptease, elle croit que je passe mes soirées au théâtre. D’ailleurs, elle a parfaitement raison. Certes, les spectateurs de Paradise codes inconnus 1 peuvent supposer un instant qu’ils n’entrent pas dans un théâtre traditionnel puisque le décor qui leur est proposé est effectivement celui d’un de ces légendaires lieux de débauche : un bar et quelques banquettes autour d’un long praticable faisant office d’espace d’exhibition. Pour compléter le tableau, ce n’est pas un ouvreur mais bien un videur qui accueille, et les jeunes femmes qui se promènent pendant que le public s’installe ont le regard vague mais la tenue légère. Cela étant, le subterfuge fait long feu. Quelques éléments de décor ne font pas une atmosphère, et la pâleur des éclairages, par exemple, montre que le metteur en scène n’a qu’une vision très artificielle des codes et usages de ce lieu typique dans lequel il a choisi de situer l’action de son spectacle, lieu de désir et de fantasme, mais aussi lieu de misère et de désarroi.
Si l’on a bien compris, c’est le jeune metteur en scène Laurent Laffargue qui a commandé à l’auteur australien Daniel Keene, le texte de Paradise codes inconnus 1. "Ici, je voudrais parler plus spécifiquement de la notion de limite : celle qui sépare la vie de la mort, l’humain de l’inhumain", annonce Laurent Laffargue. Rien de moins ! De toute évidence, l’ambition du propos n’a pas impressionné Daniel Keene qui a répondu à la commande... en vidant ses fonds de tiroir. Ce spectacle se présente donc comme une accumulation de séquences sans véritable cohérence et dont la pauvreté d’inspiration n’a d’égale que la prétention. La chansonnette souffreteuse succède au poème de pacotille, la scène de ménage au témoignage misérabiliste. En prime, comme il faut bien raccrocher au cadre, quelques numéros de danse pour le moins approximatifs et les bavardages du personnel. Bref, les clichés et les idées reçues volent bas. Mais surtout, ce que Keene fait dire à ses personnages et ce que Laffargue montre, en particulier le corps des femmes, s’avère à la fois méprisant et morbide.
Les comédiens, comme abandonnés dans cette galère, ont bien du mérite à tenter d’apporter un soupçon d’humanité à leur personnage, certains d’entre eux - en particulier l’excellent Marc Berman, le monsieur loyal - donnant juste un aperçu de ce dont ils seraient capables avec une direction d’acteurs digne de ce nom.
Suprême astuce : les concepteurs de Paradise codes inconnus 1 ont pris l’initiative de déconseiller leur spectacle aux moins de 16 ans. Pourtant, la seule chose qui puisse troubler un adolescent dans ce consternant galimatias, c’est l’ennui qui s’abat sur les spectateurs. Ce qui choque dans Paradise codes inconnus 1, c’est que le traquenard dure près de trois heures.

Paradise codes inconnus 1, de Daniel Keene. Conception et mise en scène : Laurent Laffargue. Avec Marc Berman, Maya Borker, Anne Cressent, Mélanie Couillaud, Vanessa Larré, Sébastien Laurier, Sarah Perrin, Laurent Schilling, Crystal Sheperd-Cross, Jean-François Toulouse et Philippe Vieux. Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, jusqu’au 16 décembre. Tél : 01 48 33 16 16

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