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Critiques / Théâtre

Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran d’Eric Emmanuel Schmitt

par Gilles Costaz

Le vieil homme et l’enfant

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Eric-Emmanuel Schmitt, devenu l’un des copropriétaires du Rive Gauche (fondé et cédé par Alain Mallet), rouvre la salle avec une pièce … d’Eric-Emmanuel Schmitt. On n’est jamais si bien servi que par soi-même. Mais, sans doute, a-t-il raison en un temps où les producteurs ne cherchent plus de pièces mais ne veulent monter que des coups. Et l’on notera qu’il met aussi à l’affiche Jérôme Savary avec sa fille belle et hyperdouée, Nina Savary, dans La Fille à marins. De la pièce de Schmitt, Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran, on pouvait penser qu’elle était indissoluble de la personnalité de son créateur, Bruno Abraham-Kremer. Mais il y avait eu, après la création, un film tiré du texte, avec Omar Sharif. Donc monsieur Ibrahim appartient à qui veut s’en emparer. Eric-Emmanuel Schmitt lui-même va jouer le texte lui-même quelques soirs. Mais c’est le spectacle avec Francis Lalanne que nous avons vu et sur lequel nous donnons notre point de vue ici.

Monsieur Ibrahim est un épicier arabe tenant boutique dans la rue Bleue, au cœur du IXe arrondissement de Paris. Il a accepté la présence d’un enfant juif à moitié abandonné par sa mère. Cet enfant l’aide dans son commerce et discute follement avec lui, de tout, et même du Coran que l’épicier a placé en évidence et relit souvent. Ils ne se comprennent pas toujours. Il y a des malentendus, des exaspérations, des désaccords. Mais tant d’amour ! L’épicier devient le maître, le père, au fil des années, pour cet enfant livré à lui-même par la dureté de la vie. Un jour, pour l’anniversaire du gosse, Ibrahim achètera une voiture, qu’il paiera en liquide (avec l’argent gagné et entassé sans jamais le mettre à la banque !), et ils partiront en Turquie, vers le lieu de naissance d’Ibrahim. C’est le voyage d’un enfant juif en pays musulman. Début ou fin d’une nouvelle aventure ?

Cette histoire est celle de Bruno Abraham-Kremer, celle de son enfance, largement réinventée par l’auteur, mais fondée sur une biographie authentique. D’où un ton différent dans l’œuvre de Schmitt, qui s’est inspiré des confidences de son acteur. Ce texte est très sensible, très oriental par son éclat donné à la palabre, aux exagérations savoureuses et aux sentiments, et fort beau. Ce récit à la première personne, Francis Lalanne s’en empare avec un mélange de rouerie et de naïveté qui subjugue. Il est à la fois un enfant et un adulte, un personnage vivant sous nos yeux et un conteur. Disons-le tout net, Lalanne, chanteur de formation et de profession, ne nous avait jamais paru un bon acteur (en un temps lointain, nous l’avions vu notamment en Don Juan de Molière, plutôt mal à l’aise !) Cette fois, il est remarquable. Cette réussite, il la doit à lui-même, à sa maturité et à sa collaboration avec le metteur en scène Anne Bourgeois qui a déployé finement ce long et tournoyant moment de délicatesse et d’amour secret. Tout à fait emballant.

Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran d’Eric-Emmanuel Schmitt, mise en scène d’Anne Bourgeois, Décor de Nicolas Sire, lumières de Laurent Béal, avec Francis Lalanne (en alternance avec Eric-Emmanuel Schmitt, qui reprend le rôle le 27 avril, les 10, 11, 12, 31 mai et les 1, 2, 8, 9 juin) . Théâtre Rive Gauche, 21 h, tél. : 08 99 15 20 00. Texte chez Albin Michel. (Durée : 1 h 40).

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