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Critiques / Théâtre

Les acteurs de bonne foi de Marivaux

par Bruno Bouvet

Au bonheur du théâtre

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En 1970, Jean-Pierre Vincent proposait une première approche des Acteurs de bonne foi de Marivaux dans le cadre éphémère du Festival de musique contemporaine de Royan. Hélas, il ne reste aucune trace de cette unique représentation, dont les acteurs se nommaient Catherine et Pierre Arditi, Agathe Alexis, Jean Dautremay ou encore François Dunoyer. Pas le moindre cahier de répétition, seulement les clichés photographiques de Claude Bricage. En renouant avec ce texte, avec lequel il n’a cessé d’entretenir un long compagnonnage au fil des ateliers qu’il propose pour les élèves du Conservatoire ou du Théâtre National de Strasbourg, l’ancien administrateur de la Comédie-Française répare l’oubli. Et de quelle manière ! Si bien que l’on envie déjà les générations futures qui trouveront mémoire de ce spectacle dont l’exquise finesse se marie avec un délicieux humour, dans un décor en forme d’écrin pictural, rappelant en son début l’Angélus de Millet. Il serait dommage qu’il ne reste rien de ce bel hommage à la puissance du théâtre, art vertigineux de l’illusion et de la vérité mêlées ?

Un travail d’orfèvre

Tel un orfèvre ayant su garder l’énergie et la fraîcheur de l’artisan des premiers jours, Jean-Pierre Vincent porte au plus haut la dernière pièce de Marivaux, qu’il compare à une « miniature de chef d’œuvre » trop longtemps restée « sur la dernière étagère, au fond de l’armoire ». Habituellement accompagné d’une autre pièce courte, Les Acteurs de bonne foi sont ici présentés pour eux seuls. Le metteur en scène en qui révèle toutes les dimensions, comique, sociologique, et ô combien politique, insère habilement, entre deux répliques des extraits de la querelle de Rousseau et de d’Alembert où il est question de l’utilité du théâtre dans la société, tout écho avec certains discours actuels tentant de la nier étant évidemment fortuit. Car les puissants ne n’y sont jamais trompés : les jeux de la scène peuvent être sacrément dangereux s’ils s’avisent de contester l’ordre établi, créant un trouble dont on ne sait bientôt plus s’il est réel ou inventé. Mieux vaut donc ne pas s’y risquer, ainsi que l’a compris Madame Argante qui s’apprête à célébrer les noces de sa fille Angélique dans sa maison de campagne. Elle s’oppose formellement au projet de Madame Hamelin, la mère du fiancé, qui voudrait bien que l’on donne un peu de théâtre avant la cérémonie. Merlin, l’un de ses serviteurs, avait d’ailleurs composé le canevas d’un impromptu, dont il avait aussi orchestré la distribution. Mais pris à leur propre jeu, les acteurs d’un soir ont transformé la répétition en pugilat, attirant l’attention de Madame Argante. Il faut donc que Madame Hamelin fomente une ruse pour que la mère de la mariée se découvre en urgence des talents de comédienne pour sauvegarder ses intérêts…

Une distribution impeccable

Jean-Pierre Vincent s’est entouré d’acteurs habités par un réel plaisir du jeu. David Gouhier est un énergique Merlin, stratège quelque peu dépassé par les réactions des jeunes paysans transformés en comédiens de fortune. Olivier Veillon est à son aise dans les habits de Blaise, jeune fermier qui ne comprend pas quel jeu se trame devant lui. Il faut dire que Pauline Méreuze, sa partenaire, toute de finesse et de présence singulière, laisse planer un doute subtil sur ce qui relève de la fausse ingénuité et de la vraie candeur chez Colette, son amoureuse de paysanne qui ne l’est plus vraiment… Ces jeunes comédiens savent ici se hisser à la hauteur de leurs aînées : Laurence Roy et Annie Mercier. La première joue madame Hamelin avec de délicieux airs de ne pas y toucher, mettant à l’épreuve la seconde, avec un plaisir cruel. Elles forment un duo remarquable de complicité. Annie Mercier est généreuse à souhait et on défie quiconque de ne pas succomber à l’extraordinaire présence de cette comédienne. Pour s’en convaincre, rien ne vaut d’aller à la rencontre de ces remarquables Acteurs de bonne foi

Les acteurs de bonne foi de Marivaux. Mise en scène : Jean-Pierre Vincent. Avec Annie Mercier, Laurence Roy, Anne Guégan, Claire Théodoly, Pauline Méreuze, Julie Duclos, David Gouhier, Olivier Veillon, Matthieu Sampeur, Patrick Bonnereau. Dramaturgie : Bernard Chartreux. Assistante mise en scène et dramaturgie : Frédérique Plain. Décor : Jean-Paul Chambas. Costumes : Patrice Cauchetier. Lumières : Alain Poisson. Son : Alain Gravier. Durée : 1 h 20.

Théâtre Nanterre-Amandiers. Réservations : 01 46 14 70 00 ou www.nanterre-amandiers.com. Du mardi au samedi à 20 h 30, dimanche à 15 h 30. Jusqu’au 23 octobre.

Puis en tournée. Du 4 au 13 novembre 2010 : Théâtre Dijon-Bourgogne ; du 16 au 19 novembre : Le TAP, Poitiers ; du 25 novembre au 18 décembre : Théâtre national de Strasbourg ; du 5 au 15 janvier 2011 : Les Célestins, Lyon ; du 18 au 21 janvier : Le Quartz, Brest ; du 26 au 29 janvier : La Comédie de Reims ; du 1er au 5 février : Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine ; les 8, 9 février : La Coursive, La Rochelle ; Le 11 février : Le Grand R, La Roche-sur-Yon ; du 15 au 19 février : Le Théâtre du Gymnase, Marseille ; les 22 et 23 février : Scène nationale 61, Alençon ; le 25 février : Théâtre Anne de Bretagne, Vannes ; du 1er au 3 mars : La Manufacture de Nancy ; du 9 au 11 mars : Maison de la culture de Bourges ; du 15 au 17 mars : Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines ; du 22 mars au 3 avril : Théâtre national de Bretagne, Rennes.

Le texte de la pièce est publié aux éditions Hatier

Photo : Pascal Victor

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