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Critiques / Théâtre

Les Nonnes

par Stéphane Bugat

Bonne sœur de père en fils

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Lorsqu’il était gamin et que ses copains de classe lui demandaient d’expliquer le métier de son père, Stéphane Bierry répondait : "il joue. Il se déguise en bonne sœur" . C’était la pure vérité, il l’avait vu de ses propres yeux. Son père, Etienne, figurait effectivement en bonne place dans la distribution des Nonnes, la pièce d’Eduardo Manet, un dramaturge cubain quelque peu iconoclaste, mise en scène par Roger Blin. C’était en 1969 et le succès permis alors à son auteur d’échapper aux griffes de Fidel Castro qui manifestait déjà quelque propension à l’autoritarisme. Pour sa part, Stéphane ne semble pas avoir été particulièrement traumatisé par cette découverte. Depuis, il a d’ailleurs suivi le sillon familial, devenant tout comme sa sœur, Marion, comédien et metteur en scène. 35 ans plus tard, il n’est donc pas illogique qu’il propose sa propre mise en scène de cette pièce, dans ce Théâtre de Poche Montparnasse qui, depuis plusieurs décennies, est porté à bout de bras par la famille Bierry au complet puisque c’est la mère qui en assure la direction.

Triviales et méchantes à souhait

Lors de sa création, Manet résumait ainsi sa pièce : "ces Nonnes sont-elles des brigands des Caraïbes du XVIIIe siècle déguisés ? Les Pieds-Nickelés ? Les Marx Brothers ? En tout cas, ce sont des nonnes, de vraies nonnes, qui vivent et agissent comme telles. A un détail près : elles ont du poil aux pattes". Avec le recul, on imagine aisément à quel point cette pièce a pu être perçue autrefois comme provocante et décapante. Trois nonnes zigouillent une dame de la bonne société après s’être emparées de ses bijoux. Mais elles ne peuvent sortir de la cave où elles se sont cachées parce que sur leur tête ce sont les échos d’une révolte que l’on entend et l’on devine les esclaves réservant un sort funeste à leurs maîtres.
Ces trois nonnes ont tous les archétypes des mauvais garçons de la pire engeance. Triviales et méchantes à souhait, elles donnent l’occasion à Manet, entre deux rasades d’anticléricalisme, d’ironiser sur les jeux de pouvoir et les travers des révolutions. Au final, son propos est d’un pessimisme noir. Ni morale, ni futur. Seulement, tout cela est aussi vigoureux que daté.

Des qualités prometteuses

Du coup, on a le sentiment que toute l’énergie et l’imagination que déploie Stéphane Bierry et ses partenaires sont un peu vaines. Certes, ils s’y entendent pour croquer ces trognes de nonnes aux accents si mâles et à la méchanceté si vorace. Certes, ces discours baignés de religiosité se heurtent gaillardement à la brutalité sauvage des gaillards à cornettes. Malgré cela, on n’accroche jamais vraiment, tant on peine à percevoir sur quoi repose vraiment l’absurdité déjanté du propos. Ce retour aux sources de Stéphane Bierry lui aura au moins permis de faire montre de qualités prometteuses qui seront probablement mieux utilisées en d’autres circonstances. Et, s’il a un fils, celui-ci pourra toujours dire à ses copains d’école : "mon papa, il joue. Il se déguise en bonne sœur." Ce qui peut laisser supposer qu’au sein de la famille Bierry, cette boucle-là est loin d’être bouclée.

Les Nonnes, d’Eduardo Manet, mise en scène et décors de Stéphane Bierry, assistante à la mise en scène : Elsa Saladin ; costumes : Mine Barral-Verges ; lumières : Stéphane Batny ; musique : Laurent Prado, avec Antoine Basler, Stéphane Bierry, Céline Clément et Pierre Forest. Théâtre de Poche Montparnasse, Tél : 01 45 48 92 97.

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