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Critiques / Théâtre

Les Créanciers

par Stéphane Bugat

Maldonne

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Les premiers mots, les premiers échanges, au théâtre, sont souvent décisifs. A peine le rideau s’est-il levé que les comédiens doivent donner l’impression au public qu’il les surprend au hasard d’une action qui, pour avoir été engagée bien avant, a déjà son rythme. Il leur faut ainsi trouver immédiatement le ton juste, d’autant que c’est cette musicalité d’origine qu’ils conservent généralement, ne serait-ce que parce qu’il est difficile de la corriger, chemin faisant. C’est la remarque qui vient en entendant les premières répliques de ces Créanciers, mis en scène par Hélène Vincent. Un artiste peintre manifestement en plein désarroi se confie à un interlocuteur que l’on imagine d’abord ami de longue date. C’est de la femme du premier dont il est question, de la fascination et de l’empreinte qu’elle exerce sur son mari. On ne tarde cependant pas à comprendre, en entendant certaines des étranges recommandations du confident, qu’il se comporte plutôt en manipulateur. On le perçoit d’autant plus que les deux interprètes soulignent à l’envi la situation en surjouant le texte pourtant si élégamment pervers de Strindberg.

Machiavélisme effacé

« Les Créanciers est davantage une tragédie qu’un drame bourgeois », explique Hélène Vincent. On aurait aimé connaître le point de vue de l’auteur sur cet éclairage. Toujours est-il que la démonstration, pour n’être guère convaincante, devient vite exaspérante. Ainsi, on ne saura pas si Lambert Wilson et Jean-Pierre Lorit, condamnés aux grands gestes et aux piètres mouvements de menton, auraient pu restituer toute l’ambiguïté grinçante de la situation imaginée par Strinberg. Emmanuelle Devos, seule, parvient à donner une véritable substance et une émotion à son personnage. Effort aussi méritoire que vain. On reste consterné et surtout étonné qu’Hélène Vincent, elle-même remarquable comédienne, ait ici, à force d’abuser du surligneur, effacé le machiavélisme et la violence intérieure de ce jeu à trois et de cette leçon de vengeance conçue avec une précision presque maniaque par le Maître Strinberg.

Les Créanciers, d’August Strinberg, traduction : Alain Malraux, d’après le texte américain de Paul Walsh, mise en scène et adaptation : Hélène Vincent, scénographie et costumes : Tim Northam, lumières : Frabrice Kebour, bande son : Olivier Lofficial. Avec : Emmanuelle Devos, Lambert Wilson et Jean-Pierre Lorit. Théâtre de l’Atelier : 01 46 06 49 24.

Photo : Emmanuel Robert-Espalieu

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