Accueil > Les Cancans de Goldoni

Critiques / Théâtre

Les Cancans de Goldoni

par Gilles Costaz

Venise années 50

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Un bruit court dans un des quartiers de Venise, lancé par un jeune fille trop contente de semer la stupeur autour d’elle : Cecchina ne serait pas la fille de son père. Une bâtarde, une illégitime, la jolie Cecchina ! La rumeur tombe mal : la jeune fille est sur le point de se marier avec un brave ragazzo du quartier. La nouvelle enfle pourtant, courant d’une cancanière à une autre. Et il n’en manque pas à Venise ! Femmes du peuple et femmes chic s’entendent sans problèmes pour se repaître de nouvelles croustillantes et faire circuler ce qu’elles ne prennent pas le temps de vérifier. D’ailleurs, cet on-dit n’est pas inexact. C’est la méchanceté, la jalousie, l’envie, la volupté irréfléchie de parler qui rendent l’affaire insupportable, surtout pour les deux amoureux qui se disputent sans tout à fait se déchirer. La famille et les amis font ce qu’ils peuvent pour faire barrage aux médisances. Mais tout rebondit quand un second bruit prend le relais du premier…


Merveilleux Goldoni : il épingle les travers des humains dans une joyeuse ronde qui multiplie les rires et fait un peu de morale sans l’exprimer. Le spectacle de Stéphane Cottin et de sa troupe, pourtant, ne reprend pas tout à fait les règles du jeu habituel. Le texte français de Dominique Dorine Hollier décale pas mal d’invectives du côté du langage populaire d’aujourd’hui, avec finesse, avec verdeur, et allège la masse des scènes et des dialogues. L’action est transposée au XXe siècle, dans les années cinquante, le décor de Sophie Jacob étant une sorte de jeu de construction de toutes les couleurs (dans un mauvais goût discret et volontaire ! ) et les costumes pimpants ou délavés (exprimant ce touchant renouveau vestimentaire d’une période déjà rangée au musée). Il n’y a pas de vespa, malheureusement : les moyens limités de la production, sans doute, ont contraint l’équipe à se contenter d’un vélo !


La parlotte s’enflamme vite, et l’organisation des scènes aussi, avec d’habiles changements de plans entre la place publique, les cours intérieures, les personnages aux fenêtres, le sol et le ciel. Pas de canaux vénitiens, et pourtant on croit les voir ! Parmi les nombreux comédiens, on mentionnera la touchante interprète du premier rôle féminin, Adèle Bernier, mais aussi Marie-Christine Leterot, Aurélie Bargène, Stéphanie Vicat, Jean-François Guillet, Michel Lagueyrie, avec une mention spéciale à Stéphane Olivié-Bisson dans le rôle de l’amant ridicule. A vrai dire, tous, d’Emmanuel Curtil à Laure Guillem, de Marine Lecocq à Clément Moreau, savent incarner cette présence un peu maladroite des gens de petites classes sociales qui restent dans l’humilité ou, à l’opposé, se donnent de l’importance. Avec un autre jeu, puisqu’il entre là un peu d’esprit rétro, la bande à Cottin ressuscite l’humeur charmante, mais non dépourvue de vérité critique, du cinéma italien quand il appelait ses films « Pain, amour et jalousie » ou « Pain, amour et fantaisie ». On suit cette barcarole de cancans dans l’enthousiasme.

Les Cancans de Goldoni, Traduction et adaptation Dorine Hollier, mise en scène de Stéphane Cottin, scénographie de Sophie Jacob, costumes d’Aurore Popineau, lumières de Marie-Hélène Pinon, son de Michel Winogradoff, chorégraphie de Sophie Tellier, coiffures de Magalie Roux. avec Aurélie Bargème, Adèle Bernier, Emmanuel Curtil, Laure Guillem, Jean-François Guillet, Marine Lecoq, Michel Lagueyrie, Marie-Christine Letort, Jean-Pierre Malignon, Clément Moreau, Stéphane Olivié Bisson et Stéphanie Vicat. Théâtre 13 Jardin, tél. : 01 45 88 62 22, jusqu’au 10 juin. (Dure : 1 h 20).

Photo Perroud

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.