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Critiques / Festival / Théâtre

Le Suicidé de Nicolas Erdmann

par Gilles Costaz

Un extraordinaire tourbillon

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Ce vaudeville noir, interdit par Staline, créé après la mort de son auteur, est devenue l’une des pièces favorites de nos jeunes compagnies, tant il parle de la difficile place de l’individu dans une société tournée vers l’idée de bonheur collectif. Quoi de plus drôle, de plus incisif, de plus virevoltant, et aussi de plus féroce que cette comédie d’un homme sans travail et désespéré qui, ayant annoncé son intention de mettre fin à ses jours, voit arriver chez lui des inconnus fort intéressés par son suicide ? Pourquoi disparaître si ce n’est pour une cause ? Tous ces visiteurs veulent utiliser à leur profit la mort programmée du jeune et pauvre Podsékalnikov. Qu’il meure au moins pour quelque chose ! Pour un groupe religieux, pour une association d’écrivains, pour les beaux yeux d’une femme qui veut passer pour irrésistible ! Qu’il meure donc ! Mais, plus l’homme dit oui à ceux qui entendent tirer un bénéfice de sa mort, moins il a envie de quitter la vie. Le cercueil est prêt, et tous ses nouveaux amis s’enchantent de sa future inhumation, sauf sa femme et sa belle-mère, bien isolées. Allez, Podsékalnikov, tiens parole ! Le cimetière et tant de profiteurs attendent ton plongeon dans la terre meule…

Dans ce spectacle en forme d’extraordinaire tourbillon, deux artistes se sont impliqués avec un total engagement : Patrick Pineau, qui a conçu une mise en scène d’une formidable et fiévreuse mobilité et a repris d’une manière athlétique et crâneuse le rôle central, après le retrait d’Eric Elmosnino ; Sylvie Orcier, qui a conçu les costumes et un décor très original (des boîtes triangulaires – les petits espaces de l’homme soviétique – et un grand mur au froid béton, le tout dans l’esprit constructiviste) et joue le rôle de l’épouse avec un grand sens du ridicule émouvant. Parmi leurs partenaires, Hervé Briaux, en intello dérisoire, Anne Alvaro en belle-mère et en chanteuse tzigane, Manuel Le Lièvre, en défenseur de l’ordre, Babacar M’Baye Fall, inattendu officiel à la peau noire, sont peut-être les plus éclatants. Mais quelle équipe !

Dans la carrière Boulbon, près d’Avignon, le premier soir, le spectacle avait sa vitesse mais pas toujours son unité. Ces déplacements collectifs dans un monde sans cesse poussé par une folie furieuse avaient encore besoin de réglages, de ces mises au point que les représentations permettent de trouver soir après soir. Mais, dès sa création, le spectacle pouvait être perçu comme l’une des bonheurs théâtraux de la nouvelle saison.

Le Suicidé de Nicolas Erdmann, traduction d’André Markowicz, mise en scène de Patrick Pineau, collaboration artistique d’Anne Soisson, scénographie de Sylvie Orcier, musique et composition sonore de Nicolas Daussy et Jean-Philippe François, lumières de Marie Nicolas, accessoires de Renaud Léon, costumes de Charlotte Merlin et Sylvie Orcier, avec
Anne Alvaro, Louis Beyler, Nicolas Bonnefoy, Hervé Briaux, David Bursztein, Catalina Carrio Fernandez, Laurence Cordier, Nicolas Daussy, Nicolas Gerbaud, Aline Le Berre, Manuel Le Lièvre, Laurent Manzoni, Babacar M’Baye Fall, Sylvie Orcier, Patrick Pineau, Florent Fouquet, Renaud Léon, Charlotte Merlin. (Durée : 2 h ½).

photo C.Raynaud de Lage

Tournée de novembre 2011 à mars 2012
Bourges (17-18 novembre),
Grenoble (6-9 décembre),
MC 93 Bobigny (6-15 janvier),
Lille (15-23 février), etc.

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1 Message

  • Le Suicidé de Nicolas Erdmann 5 août 2011 22:11, par triartis

    Pour mieux connaître Erdman :
    Nikolaï Erdman / Angelina Stepanova, un amour en exil
    Correspondance inédite adaptée par Lara Suyeux
    vient de paraître aux éditions TriArtis

    repondre message

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