Théâtre de Paris

Le Journal de Antoine Beauquier

Le Journal d’Antoine Beauquier est terriblement d’actualité. Une brillante réussite.

Le Journal de Antoine Beauquier

Comment garder sa probité lorsque on nous attaque viscéralement ?

Le Journal d’Antoine Beauquier est terriblement d’actualité. Une brillante réussite.
Raphaël est journaliste d’investigation, il attends son ami et patron Edmond. L’article qu’il s’apprête à faire paraitre dans le journal est un brulot, une bombe, de ces articles qui peuvent faire tomber un ministère. Raphaël n’est pas un quelconque plumitif, il est sûr de ses sources, le ministre Flamm va devoir en rabattre. C’est un pourri, un corrompu. Tout le monde le sait, mais là, avec l’article de Raphaël qui va paraitre dans Le Journal dont la réputation de sérieux est une référence, le ministre Flamm devra chercher un endroit à l’ombre.

Les deux journalistes n’ont pas peur de ce genre de dossier sensible. Le Journal est l’honneur de la profession.

Edmond a une fille Apolline, avec qui il entretient des relations difficiles. Mais en voyage, elle est arrêtée à Jakarta pour trafic de drogue. En Indonésie, on ne rigole pas avec ce genre de délit, on peut être condamné à mort. L’Indonésie c’est loin, la langue, les usages tout est inconnu. Edmond est perdu, horriblement inquiet. Bien sûr il a des relations, l’état français va l’aider. Sa fille est innocente (?), vers qui se tourner.
Qu’est-il prêt à faire pour sauver son enfant ? Vers quelle compromission, quel dessous de table, vers qui se tourner ?

Marchandages, jeu de pouvoir, tir à vue sur des pigeons grandeur nature. Edmond, qui avait malgré tout gardé une certaine candeur, va tomber de son nuage d’incorruptible.

Antoine Beauquier est avocat. Il sait manier le verbe. Il a côtoyé l’âme humaine dans tous ses travers. Ses répliques sont ciselées et il a su donner à chaque personnage un ton qui lui est propre. Les relations entre la politique et la presse, si elles sont le sujet de film ou de série télévisées, sont rarement abordées au théâtre. La presse est le quatrième pouvoir mais sans la politique, que vaut ce pouvoir ? Les deux se regardent, se reniflent, s’apprécient, se détestent. Un politique sans l’appui de la presse ratera sa campagne électorale, sans ses entrées dans les ors de la république, pas de scoops, de petites fuites des milieux « autorisés » pour les journalistes. Et sans les hommes d’affaire pas de nerfs de la guerre. Un jeu de dupe où il faut mieux avoir les cartes en main.

Anne Bouvier orchestre de main de maître ce thriller. Sa mise ne scène est nerveuse, grâce à un décor mobile, il n’y a aucun temps mort. Le spectateur est pris par l’intrigue. La distribution est remarquable, Bruno Putzulu, terriblement émouvant dans le rôle du père perdu dans ses convictions et cherchant à réparer l’absence, Bruno Debrandt est impressionnant. Quelle présence ! Olivier Claverie se délecte d’être l’homme d’affaire sans scrupule, il est cauteleux à souhait. Bernard Malaka est Flamm, voix bien posée et enjôleuse, il nous fait penser au grand Marcel Herrand [1]. Il compose un ministre plus vrai que nature, il fait froid dans le dos. La jeune Carolina Jurczak est la victime de ce bras de fer, où l’humain ne pèse pas lourd. Anne Bouvier a su nous entrainer dans ce policier ou nous nous faisons rouler dans la farine jusqu’au bout.

Et vous, jusqu’où pourriez-vous aller pour sauver quelqu’un que vous aimez ?

[1] Marcel Herrand, grand homme théâtre, joue dans Les Enfants du Paradis Lacenaire l’assassin Dandy amoureux de Garance.

Le Journal de Antoine Beauquier
Mise en scène Antoine Beauquier,
Bruno Putzulu, Bruno Debrandt, Bernard Malaka, Carolina Jurczak, Olivier Claverie
Théâtre de Paris, Salle Réjane

https://www.theatredeparis.com/evenement/le-journal/

© photo : Béatrice Livet

A propos de l'auteur
Marie-Laure Atinault
Marie-Laure Atinault

Le début de sa vie fut compliqué ! Son vrai nom est Cosette, et son enfance ne fut pas facile ! Les Thénardier ne lui firent grâce de rien, théâtre, cinéma, musée, château. Un dur apprentissage. Une fois libérée à la majorité, elle se consacra...

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