En immersion à la 37ème Nuit des Molières
Par Marie-Laure Atinault, notre envoyée spéciale paillettes !
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- 5 mai
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Les Folies Bergère accueillent la grande soirée du théâtre, réunion tant attendue des professionnels qu’ils soient du Théâtre privé ou du Théâtre public. La soirée est diffusée par France.tv, orchestrée par Alex Vizorek, qui après avoir co-présenté les Victoires de la Musique Classique, est en passe de devenir le spécialiste des cérémonies.
Dans le Hall de ce lieu mythique, règne une ambiance bon enfant de retrouvailles, le Photo Call toujours tonitruant. Les tenues de soirées et les paillettes côtoient les Pataugas. A chacun son élégance. C’est l’heure où tous les espoirs sont permis et le moment des embrassades. On s’embrasse beaucoup dans le métier. Les organisateurs peinent à faire asseoir tout ce beau monde dans la salle, mais les impératifs de la télévision et la diffusion en léger différé exige une certaine rigueur. Dans la salle, les cameramen vérifient que les nommés soient bien à leur place, avant de les filmer. Le maire de Paris est visiblement heureux de participer avec une équipe nombreuse à cette célébration du théâtre. Lui n’a pas eu de problème pour trouver une place de stationnement, le nombre étant là réduit à une peau de chagrin, ce qui est dommageable pour les non parisiens et les personnes à mobilité réduite. Catherine Pégard est là aussi. Elle sera historiquement la ministre de la culture la moins malmenée de l’histoire des Molières.
La cérémonie commence sur les chapeaux de roues avec la troupe de La Cage aux folles.
Coup d’envoi avec le Molière de la Comédienne dans un spectacle de Théâtre public remis par Guillaume Gallienne à la magnifique Elsa Lepoivre de la Comédie Française pour son interprétation si sensible dans Hécube, pas Hécube de Tiago Rodrigues.
Le Molière du Jeune Public nous réserve la surprise d’avoir sur scène Chantal Goya, véritable icône de ce genre qui fut souvent considérée comme une quantité négligeable.
Casse-Noisette ou le Royaume de la nuit dans la mise en scène de Johanna Boyé au Théâtre du Vieux Colombier avec la troupe de la Comédie Française a remporté un juste triomphe.
Beau début pour la maison du patron où l’excellent Laurent Stocker remporte le Molière du comédien dans un second rôle pour sa composition inénarrable dans Les femmes savantes dans la mise en scène décoiffante d’Emma Dante, bizarrement absente des nommées.
Ce spectacle a été créé au Théâtre du Rond-Point dans l’opération « La Comédie Française hors les murs ». Nous espérons qu’il sera repris dans les murs après les travaux de l’honorable maison. Juste récompense pour ce comédien aux talents multiples.
Nous avons droit à la promotion du spectacle de Caroline Vigneaux, parodie du Cid, avec la présence de MC Solaar qui fait résonner le texte de ce jeune auteur Corneille avec des accents inattendus et séduisants.
Tout en élégance, Laurent Lafitte est récompensé dans la catégorie Molière du comédien dans un spectacle de Théâtre public pour La Cage aux folles dans l’épatante mise en scène d’Olivier Py.
La star internationale promise est Donald Trump alias Lewis McLeod. Vraiment drôle !
Nous passerons sur la prestation soi-disant comique mais revancharde d’un ami du Maître de cérémonie. Affligeant. Par contre la sculpturale Paloma, la révélation de Potiche toute de lamée vêtue, est vraiment drôle.
Quelle belle émotion si juste, si pudique de ce grand comédien qu’est Jérôme Kircher qui reçoit le Molière du comédien dans un spectacle de Théâtre privé pour son interprétation de Salieri dans Amadeus de Peter Shaffer, mise en scène d’Olivier Solivérès au Théâtre Marigny. Rappelons que Amadeus est d’abord une pièce qui fut ensuite portée à l’écran et non l’inverse. Thomas Solivérès excellent Mozart est l’un des grands oubliés des votes.
Molière d’Honneur pour Muriel Robin. Le discours de Vincent Dedienne si personnel, si intime, est un assez joli moment.
David Castello-Lopez sera un professeur ès « comment ne pas avoir l’air trop déçu de ne pas avoir de Molière, et d’être un Looser », très drôle. Le Molière du Seul.E en scène est remporté par Katia Ghanty, pour l’émouvant Les frottements du cœur. Le spectacle sera repris à la rentrée.
Nous avons aimé que miss Knife alias Olivier Py fasse un hommage aux Folles puisque La Cage aux folles reçoit le Molière du Spectacle Musical.
Il était difficile de départager entre les nommés, Chicago, superbement interprété par Shym et Vanessa Caillol et la déjanté Petite Boutique des horreurs. Tous les trois méritaient le prix.
L’Académie des Molières devrait mettre sur sa page internet le dessin et l’explication du fonctionnement de l’éligibilité des spectacles. On le sait bien, un bon dessin vaut mieux qu’un long discours.
Josiane Balasko reçoit le Molière de la comédienne dans un spectacle de Théâtre privé pour Ça, c’est l’amour de Jean Robert-Charrier. Très touchante lorsqu’elle déclare qu’elle joue avec l’actrice qu’elle aime le plus au monde sa fille. Marilou Berry en larme méritait également d’être nommée.
Il y a dans ce genre d’exercice toujours un sentiment d’injustice ou d’oubli. Le spectacle de Jean-Philippe Daguerre La femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob, certainement son meilleur spectacle, a souffert de passer après Du charbon dans les veines qui avait remporté 5 Molières, l’année dernière. Charlotte Matzneff est excellente, comme toute la distribution de cette pièce étonnante. Dans les catégories des révélations, ils méritaient tous la précieuse statuette.
On retiendra la belle émotion de Jeanne Arènes, la première à monter sur scène pour recevoir le Molière de la comédienne dans un second rôle pour son interprétation si fine dans Le procès d’une vie de Barbara Lamballais et Karina Testa. Gisèle Halimi aurait été fière de ces filles courageuses et du Molière du Théâtre privé.
Molières du Théâtre public I Will survive de Jean-Christophe Meurisse et les Chiens de Navarre. Belle émotion pour cette équipe dont nous suivons le travail avec passion et gourmandise.
L’un des grands moments fut le discours de cette magnifique comédienne qu’est Anne Bouvier. Ce soir elle représentait l’Adami dont elle est la Présidente du Conseil d’administration. Elle a parlé avec justesse du « malentendu entre les artistes, une partie du public et des politiques. » Rappelant que le revenu moyen d’un artiste est de 590 euros. « La culture n’est pas un luxe. La culture est l’essence de l’humanité » Une standing ovation salue le discours, sans récriminations, ni attaques vaines. Enfin on parle de culture, de théâtre.
Le bilan de cette soirée est mitigé. Point positif, certains spectacles pourront bénéficier de l’effet Molière car ils sont encore, ou seront bientôt, à l’affiche. Les comédies musicales présentées sont d’une grande qualité et n’ont rien à envier à celles de Londres ou de New York.
L’explication du Professeur Alex Vizorek du fonctionnement des votes des Molières est un must.
Un plaidoyer pour les femmes Iraniennes. Pour les différences.
Mélanie Doutey François Morel, en couple de remettants « désagréables » sont bien assortis et déjantés.
Par contre, un comique pas comique du tout, qui n’avait rien à faire dans cette soirée. Les attaques sur des absents qui ne peuvent pas se défendre comme Patrick Bruel qui est jusqu’à présent présumé innocent. D’autres attaques complaisantes et démagogiques. Un Coté wokiste ? Alex Vizorek a-t-il été saisi à l’instar de Monsieur le Trouhadec par la débauche, par la facilité ???
Trop de politique et pas assez de Théâtre.
L’hommage aux disparus pose un problème sur l’échelle de valeurs de nos chers disparus, un grand portrait pour certains ou certaines qui restent longtemps à l’écran, d’autres passent trop rapidement. Pauvre Valère Novarina.
La soirée a un côté entre nous, qui n’est pas attractive pour le public.
Heureusement que les « cagettes » et les femmes de Chicago ont brulé les planches.
Après la cérémonie nous nous retrouvons tous pour un grand cocktail. Oui il est agréable de trinquer avec les heureux détenteurs de la brillante statuette, de revoir des amis que l’on ne voit pas dans l’année.
Alors ne boudons pas notre plaisir et vive le Théâtre. Du théâtre avant toute chose !



