Théâtre du Peuple de Bussang

Le Roi Nu de Evgueni Schwartz

Manuel Le Lièvre super star !

Le Roi Nu de Evgueni Schwartz

L’auteur russe Evgueni Schwartz avait recours aux contes de fées pour détourner la censure. Ecrit en 1934 en Union Soviétique. Si la pièce est lue, elle ne sera jamais montée de son vivant.
Sylvain Maurice a eu l’excellente idée de la proposer à Julie Delille, directrice du Théâtre du Peuple. Pour le spectacle de 15h, il faut un spectacle grand public et une grande distribution. Sylvain Maurice s’est prêté avec talent au cahier des charges de l’illustre théâtre : mélange de comédiens professionnels et amateurs et l’ouverture du fameux fond de scène ouvrant sur la forêt. Mission accomplie.
Comme dans le Dragon, mis en scène par Christophe Rauck en 2004 alors directeur du Théâtre du Peuple, l’auteur se sert de contes de fées.
Trois contes d’Andersen le premier est peu connu « La Princesse et le Porcher », « La Princesse au Petit Pois » et « Les Habits neufs de l’Empereur », le résultat est une pièce où la satire du pouvoir, la dictature et la lâcheté sont les ressorts de l’intrigue.
Le spectacle commence avec le lamento amoureux d’Henri (Mikaël-Don Giancarli) qui lasse son ami et confident Christian (Maël Besnard). Le porcher est amoureux de La Princesse. C’est le fameux ver de terre amoureux d’une étoile. Christian lui conseille de passer à l’offensive. Le fond de scène ouvert sur la forêt ensoleillée laisse apparaitre un troupeau de trolls qui sont en réalité le troupeau de cochon de notre porcher amoureux. La Princesse répond à l’invitation peu protocolaire mais c’est parfois tellement ennuyeux d’être princesse. Bien sûr, elle vient avec ses demoiselles d’honneur. Elle est venue pour voir le fameux Chaudron Magique. Sylvain Maurice, facétieux, a troqué toute casserole pour un micro. Grâce à l’ingénieux Christian, Henri déclare sa flamme. Scandale, le Roi arrive et met fin à la roucoulade. Sa fille est destinée au roi voisin. La Princesse n’est pas une oie blanche, elle a un caractère bien trempé, elle ne veut pas de son prétendant, elle veut Henri. C’est le début de péripéties où les deux amis vont multiplier les stratagèmes pour enlever La Princesse.
Pendant ce temps-là, dans le royaume voisin le roi terrorise tout sa cour. Son arrivée en haut d’un escalier est un must. Il est un « Fashion Victim », Paris Hilton peut aller se rhabiller. Son étonnante garde-robe est sa fierté. Ce roi est un tyran, ses discours vulgaires et ineptes pourraient prêter à rire si son pouvoir n’était absolu. Il interdit les mariages mixtes, les langues étrangères et il fait brûler des livres.
Staline, Hitler hier et aujourd’hui ce canard sinistre à la perruque carotte, le bébé joufflu coréen, le tzar. Il faut être vigilant, et ne pas céder. Sous la fable se cache une actualité qui fait froid dans le dos.
Notre Princesse résiste, suit les consignes de ses amis. Le roi s’énerve.
Même son bouffon épuisé arrive à peine à le faire sourire. Devant sa garde-robe, il veut du nouveau. Arrive deux tisserands qui lui promettent un tissu exceptionnel, seuls les gens intelligents pourront le voir…. L’arrivée du roi avec ses habits neufs est un grand moment, les portes du fond de scène s’ouvre et l’apparition du tyran dénudé provoque des fous rires et des salves d’applaudissements. Un triomphe.
Manuel Le Lièvre est formidable, il entraine dans les plis de sa cape toute la distribution, sa générosité, son talent font merveilles.
Son apparition avec une seyante combinaison lamée, ou sa cape rose le hisse au rang d’un Elton John ou d’un Freddie Mercury. Il allume le feu.
Il est parfois difficile de distinguer les professionnels des amateurs et nous vous laisserons le soin de le découvrir. L’excellente Nadine Berland compose un hilarant Ministre des tendres sentiments, Hélène Rimenaid une princesse loin des standards est une amoureuse déterminée, Jacques Courtot premier ministre qui tente d’être intègre, Éric Hanicotte le Roi père sont d’une telle justesse. Maël Besnard et Mikaël-Don Giancarli déploient un art consommé du costume pour enlever notre Princesse, nous aimons beaucoup leur gendarme.
Il ne faut pas oublier les musiciens Laurent Grais et Dayan Korolic, placés de part et d’autre dans des loges, accompagnent tout le spectacle. Bravo pour son inventivité à Fanny Brouste pour ses costumes haut en couleur. Sylvain Maurice a conçu une scénographie légère avec des praticables boîte à malice. Il a admirablement bien intégré, et pour le plus grand plaisir des spectateurs l’ouverture du fond de scène.
Le spectacle a des grilles de lecture différentes, il plaira autant aux enfants qu’aux adultes. Un vrai spectacle populaire.

Marie Laure Atinault, envoyée spéciale à Bussang

Le Roi Nu
De Evgueni Schwartz, traduction André Markowicz.
Mise en scène Sylvain Maurice,
Avec : Nadine Berland, Maël Besnard, Mikaël-Don Giancarli, Manuel Le Lièvre, Hélène Rimenaid, Jacques Courtot, Michèle Adam, Flavie Aubert, Astrid Beltzung, Hugues Dutrannois, Betül Eksi, Éric Hanicotte, Igor Igrok, Fabien Médina, Denis Vemclefs, Vincent Konik et les musiciens Laurent Grais et Dayan Korolic
Théâtre du Peuple de Bussang
Les jeudis, vendredis, samedis et dimanches à 15h
Billetterie : 03 29 61 50 48
theatredupeuple.com

© photo Vincent Zobler

A propos de l'auteur
Marie-Laure Atinault
Marie-Laure Atinault

Le début de sa vie fut compliqué ! Son vrai nom est Cosette, et son enfance ne fut pas facile ! Les Thénardier ne lui firent grâce de rien, théâtre, cinéma, musée, château. Un dur apprentissage. Une fois libérée à la majorité, elle se consacra...

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