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Critiques / Théâtre

La Trilogie de Belgrade

par Stéphane Bugat

Exils

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C’est une collaboration au long cours que le metteur en scène Christian Benedetti, responsable du Théâtre-Studio d’Alfortville, poursuit depuis déjà plusieurs années avec la jeune auteure Biljana Srbjanovic. Un choix judicieux si l’on se fie à cette Trilogie de Belgrade, leur nouvelle production.
Au cœur de cette pièce, il y a assurément le thème de l’exil. Ou, plus précisément, un regard sensible sur l’état d’esprit de ceux qui sont contraints de quitter leur pays en proie à la guerre et à la violence. Leur désarroi face à la nécessité de reconstruire leur vie et leurs représentations loin de leurs repères culturels et sociaux. Et si les personnages font explicitement référence à ce que fut la situation dans l’ex-Yougoslavie, rien n’interdit de donner au propos une dimension plus universelle.

La nostalgie brûlante des racines

Biljana Srbjanovic sait de quoi elle parle, elle qui affirme : « je suis un être humain dont on a volé l’identité ». Nul doute que Christian Benedetti perçoit toute la gravité et la complexité des enjeux qui, dans cette pièce, s’imposent en filigrane lorsqu’il résume : « le vrai sujet de La Trilogie de Belgrade est le caractère infondé de la violence ». Biljana Srbjanovic nous présente donc, au gré de trois scènes qui ne sont pas vraiment liées par le fil directeur d’un récit, l’existence chaotique de jeunes gens qui se sont installés à Prague (deux frères), en Australie (deux couples) et aux Etats-Unis (un garçon et une fille). Trois contextes bien différents, des caractères distincts et pourtant les traces communes d’un mal être profond, cette nostalgie brûlante des racines qu’il n’est pourtant pas encore temps d’idéaliser. Ainsi, tous ces personnages nourrissent un ressentiment à l’égard d’une de leurs anciennes camarades, une certaine Anna. En effet, croient-ils savoir, elle a réussi une carrière à la télévision tout en restant au pays, ce qu’elle n’a pu obtenir, bien entendu, qu’au prix des manœuvres les plus sombres ou en bénéficiant de concours de circonstances les plus suspects. Pourtant, si cette rancune les aide à tenir, elle n’a guère de fondements ainsi que l’auteure nous le fait comprendre dans un fugitif dernier tableau, comme pour enfermer cette génération à laquelle elle appartient dans une voie définitivement sans issue.

Une écriture étrange et captivante

L’écriture de Biljana Srbjanovic est étrange et captivante. Elle est désespérée mais sans pathos, cynique et pourtant profondément humaine. Ses personnages sont comme à mi-chemin entre la déchirure qu’a provoqué leur exil et ces névroses si caractéristiques de nos prospères sociétés occidentales. Bien que les situations qu’elle décrit aient quelque chose de sèchement réaliste, il y a aussi dans son univers théâtral une force poétique d’autant plus touchante qu’elle n’est pas apprêtée. Elle a suffisamment de choses à dire, à faire partager, pour ne pas se sentir obligé d’en rajouter sur les effets stylistiques, ce qui est encore le meilleur moyen de viser juste.
Pour La Trilogie de Belgrade, Biljana Srbjanovic a fait appel à une brochette d’élèves du Conservatoire. Ils ont tous les potentialités que l’on peut attendre de jeunes comédiens - conviction, caractère, audace, etc. - mais ils en ont aussi les travers, à commencer par cette légère propension à confondre intensité et cabotinage. On leur pardonne d’autant plus volontiers que leur maladresse traduit certainement la sincérité avec laquelle ils cherchent à comprendre ce que ressent leur personnage ou, plus exactement, ce qu’eux-mêmes ressentiraient s’ils devaient affronter des situations similaires. Ce spectacle ne se contente pas de jouer sur l’émotion et s’il donne à réfléchir ce n’est pas pour chercher à imposer un point de vue. On est tenté de dire que ce théâtre-là est utile, ce qui est de moins en moins fréquent.

La Trilogie de Belgrade, de Biljana Srbjanovic, traduction Ubavka Zaric, en collaboration avec Michel Bataillon, Lumières Dominique Fortin, costumes Valérie Montagu, son Marc Bretonnière, assistante à la mise en scène Paule Bureau, mise en scène Christian Benedetti, avec : Louis Garrel, Renan Carteaux, Pauline Bureau, Amandine Truffy, Fabien de Chalvron, Florence Janas, Bryan Polach, Olivier Martinaud, Aurélie Namur et Elia Birman. Studio Théâtre d’Alfortville, jusqu’au 2 avril. Tél : 01 43 76 86 56.

Photo : Maud Trictin

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